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Histoire des libertines (90) : Yu Xianji, courtisane et poétesse
Datte: 09/08/2023, Catégories: A dormir debout, Auteur: Olga T, Source: Hds
Yu Xianji ou Yu Xuanji (844-871) est une courtisane et poétesse chinoise qui vécut sous la dynastie chinoise des Tang. Elle fut une jeune poétesse brillante mais dont le destin fut tragique. Ce texte permettra à mes lecteurs et lectrices de découvrir une femme libre, une intellectuelle brillante et qui paya de sa vie cet esprit de liberté. LA CHINE DES TANG : UNE SOCIETE RAFFINEE ET CRUELLE Sous la dynastie des Tang, une période d’apogée de l’empire chinois entre le VIIème et le Xème siècle, les courtisanes sont « les plus beaux ornements », selon les termes de Marc Lemonier, d’une société raffinée, hiérarchisée et cruelle. ELEVATION SOCIALE Yu Xuanji est née à Chang'an, la capitale des Tang, dans une famille pauvre. Versée dans le chant et la danse, elle fréquente le milieu des étudiants, où elle acquiert des connaissances en poésie, mais aussi dans les arts et la musique. Rien ne la prédestinait à devenir l’une des plus célèbres poétesses de cette période, surtout après avoir été prostituée, puis courtisane. Elle jouit d’une réputation littéraire précoce. Ses talents, combinée à sa beauté, lui permirent de se faire admettre dans une des maisons closes du quartier réservé. Il n’y avait, dans la Chine de cette époque, rien d’infamant à cela, notamment pour une jeune fille de basse extraction pour qui c’est une indéniable promotion sociale. DES LIEUX DE PLAISIR ET DE CULTURE : DES HETAIRES CHINOISES ! Dans la Chine impériale, les bordels sont des ...
... lieux de plaisir, y compris sur le plan intellectuel et artistique. Un proverbe chinois de l’époque disait : « femme vertueuse est ignorante ». C’est évidemment exagéré, mais on retrouve en quelque sorte en Chine ce qui existait dans la Grèce ancienne avec les hétaïres. Il est d’ailleurs significatif que le caractère chinois désignant la prostituée veut aussi dire « femme artiste ». Cette prostitution élégante reposait sur le système des « jiaofang », littéralement une école, où les filles apprennent, entre autres, la danse, la musique, la littérature, la calligraphie et les échecs ! Ce système, qui forme des prostituées « officielles », chargées de divertir mandarins et lettrés, durera jusqu’à la chute de l’empire, en 1911 ! Devenue la concubine de Li Yi, un lettré, lauréat du concours impérial en 858, elle mène une vie de couple harmonieuse mais éphémère, car l’épouse légitime de Li Yi refuse d’admettre sa présence. MONASTERE ET MAISON CLOSE ! Après leur rupture, elle se fait nonne taoïste dans un monastère de la capitale. Si les monastères de l'époque servaient souvent de refuge aux jeunes filles, aux veuves ou aux femmes divorcées, certains accueillaient aussi des courtisanes et servaient de lieu de rendez-vous. Au grand scandale des vrais croyants, ces femmes y menaient une vie libre et joyeuse, vouée aux rencontres avec les hommes. On n’imagine pas, dans notre civilisation, les couvents abriter des bordels ! UNE FEMME LIBRE ET UNE MUSE Censée être ...