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Bagatelle estivale (1)
Datte: 31/07/2023, Catégories: Divers, Auteur: maisondecampagne, Source: Xstory
Le premier juin restera à jamais un jour symbolique. Le camion de déménagement de tes parents est arrivé dans l’allée bordée de tilleuls. Trois hommes en sont sortis et quelques heures plus tard il est reparti, laissant devant la maison au crépis anis une montagne de cartons. Trois jours plus tard tes parents dînaient à la maison. Les miens dans un élan social les avaient invités tout comme le reste de la rue. Je ne pense pas qu’ils aient mangé chez eux de la semaine.Tu n’étais pas là, tu venais d’avoir ton premier boulot stable. Prof de philo dans un lycée de la ville, tes parents étaient tellement fiers d’en parler… Moi j’avais vingt ans. Je trompais l’ennui de l’été qui s’annonçait en lisant des mauvais romans et en travaillant au supermarché du village d’à côté. L’université ne reprenait pas avant septembre et je ne savais pas comment j’allais faire pour survivre à la chaleur amollissante des trois longs mois qui commençaient. Ta mère était habillée en rouge, un carré brun un peu trop court et un rire communicatif. Ton père énorme et sympathique, le bas du visage et le cou dévoré par une barbe grisonnante. Sylvie et Firmin, un couple étrange et fascinant mais dont la compagnie n’était pas désagréable. Eux et mes parents s’invitèrent mutuellement les semaines qui suivirent. Je trouvais le moyen d’éviter les repas, préférant à eux la compagnie doucement érotique de mes lords et autres corsaires. C’était un vendredi, ma mère m’avait laissé un message vocal alors ...
... que je travaillais au supermarché pour me dire que j’étais attendu chez tes parents pour vingt et une heure. J’avais donc quarante minutes pour rentrer à vélo et me laver après la fermeture du magasin. Un client s’éternisant je ne partis pas avant vingt heure trente et n’avais pas le temps de me doucher si je voulais arriver à l’heure. J’ai pédalé à toute berzingue sur les chemins en terre, trempant mon front et mes vêtements de sueur. La poussière ambiante s’y collant tout comme les mèches de mes cheveux qui s’étaient échappées de ma tresse au long de la journée. Quand je remontais enfin l’allée aux tilleuls, je ne ressemblais plus à rien, pleine de sueur et le front terreux, un filet salé me courait le long de la colonne vertébrale. J’aurais très bien pu être frappée par la foudre, mais alors que je venais m’excuser à l’avance de mon retard avant d’aller prendre une douche, ta mère m’a sourit avec cet air ravi et t’a appelé. “Simon”. Tu es sorti sur la terrasse une assiette de canapés dans les mains et tu m’a détaillée. Avec ces yeux sombres et les joues couvertes de la même barbe que ton paternel. Tu avais vingt-cinq ans et un air de ces pirates que je retrouvais dans mes Harlequins. La loque que j’étais s’est pris les pieds dans les pédales de son vélo. À l’arrêt. Et s’est éraflé le tibia. Je me mordais les joues pour ne rien laisser paraître et couper court à l’humiliation. Me hurlant de ne pas rougir non plus. Tu me fixais avec cet air amusé, et quand tu t’es ...