1. Les doutes légitimes (1)


    Datte: 06/04/2023, Catégories: Divers, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    Soudain, comme aspirée vers un abyme inconnu, la descente vers l’inexploré s’amorçait. Ça prenait pourtant un temps fou. Bloqué dans le noir, avec des à-coups qui maintenaient une pression incroyable, ça durait depuis une éternité. Puis soudain, le monde ouaté, douillet, liquide, chaud, garant d’une vraie sécurité cédait la place à une lumière incroyable. Et au fond de ce corps minuscule, comme les ailes d’un papillon jusque-là repliées, avec une brulure intense, l’air entrait dans les poumons.
    
    Ce qui avait guidé et aidé le passage des épaules cramponnait désormais les minuscules talons. Quelque chose entrait en contact avec le derrière. Une petite claque pour un premier cri. Puis comment expliquer que l’on puisse se retrouver de l’autre côté de cette barrière protectrice, dans le frais d’une nuit, dans celui d’un petit matin ou de n’importe quel moment d’un jour tout neuf ? Plus de remparts pour amortir les bruits, les chocs, les cris… une vie commençait sans abri.
    
    Mais une tentative de grimper toujours soutenue par des tentacules solides, et cette première odeur. Une sensation inoubliable, celle qui durant des mois entiers avait transité par un cordon qui reliait la petite chose à cette chair dont le parfum était de suite enregistré. Enfin une nouvelle fois cet ineffable plaisir de courte durée de retrouver pour un instant l’élément doux et liquide de la longue attente. Une toilette qui elle ne s’éternisait pas… dommage ! Suivie de suite par le monstrueux calvaire de ...
    ... se sentir privé de mouvements.
    
    Engoncé dans ce que ceux-là voulaient à tout prix l’obliger à passer, membres tiraillés de tous les côtés, et pour finir, posé d’abord sur le dos dans un endroit sans plus aucune possibilité de flotter. Le poids même minime de ce corps vagissant dans un environnement inconnu… Restait la musique. Celle perçue des semaines durant, celle mélodieuse aux toutes petites oreilles, juste suffisante pour se raccrocher à cette voix ; la seule, la vraie.
    
    Quelque chose avait aussi traversé l’espace au-dessus du berceau. Une grimace immédiatement interprétée comme un signe de bonne forme. Un coup de tonnerre aussi qui éclatait dans une tête posée sur le matelas, pour un elfe qui n’avait pour toute défense que le sommeil. Alors, le parfum était revenu, en plus fort, et d’instinct la bouche s’était entrouverte. L’heure du repas… ceux-ci, sous cette forme-là reviendraient de longs mois, plusieurs fois par jour pour les plus chanceux.
    
    Pour les autres, ils connaitraient ce bonheur de la tétée naturelle quelques jours, puis le caoutchouc viendrait remplacer la mamelle. Tous se souviendraient-ils de ce premier moment, de ce premier lait si bénéfique à la vie ? Sans doute pas. Nature bien faite qui nous faisait oublier les traumatismes, car c’était bien un choc que de quitter le nid d’ange maternel pour atterrir parmi les humains. Mais pour tous les hommes de la terre… un passage obligé… comme celui de la mort finalement !
    
    — xxxXXxxx —
    
    Huit mars d’une ...
«1234...9»