1. Fragilité marocaine 2 (1)


    Datte: 23/02/2023, Catégories: Divers, Auteur: Sharhajar 5.0, Source: Xstory

    Donc t’as vraiment que ta gueule pour pleurer ?
    
    J’ai envie. J’ai envie de briser tous les os de ton crâne. Gommer ce rictus de tes lèvres du bout de mes phalanges. Rejouer notre premier baiser en te baisant tes morts. Sentir ton sourire contre mes jointures, l’imprimer contre la bague que tu m’as offerte.
    
    J’ai ce que je veux quand je veux – les sapes que je veux, les voyages que je veux, les mots que je veux – tout vient à toi quand tu sais les tendre. J’ai tous ceux que je veux quand je veux – lui, son pote, sa meuf, son ex – tous viennent vers toi quand tu fais la tendre. Mais toi non. J’ai peur, peur que tu me glisses entre les doigts comme une bague de divorcés. Vilaine chienne a mordu sa maîtresse, les crocs plantés dans de fragiles ligaments. Vilaine chienne a gâché les vacances de sa maîtresse. Vilaine chienne est devenue encombrante donc on a attaché vilaine chienne au bord de l’autoroute. Mais j’ai vu tes deux regards sur moi depuis ta voiture. T’étais la pute de conductrice, regard froid après m’avoir jetée par la fenêtre. T’étais celle que je voulais rattraper et ronger jusqu’à l’os. Mais t’étais aussi la gamine qui regarde en arrière. Une paire d’yeux mouillés posés sur la banquette.
    
    La voiture est partie, il n’y a plus que le silence et j’ai peur que les autres voitures m’emportent. Alors vilaine chienne s’est mise en route en solitaire, le souvenir de tes yeux en guise d’étoile du berger.
    
    J’ai envie. J’ai envie d’attendrir tes pommettes contre ...
    ... le crépi. Faire exploser ta chair comme pulpe de tomate trop mûre. Coincer la confiture sous mes ongles cassés. Etaler mon amour pour toi sur les murs de la chambre, écrire Hajar m’a tué.
    
    Des mots durs et le réveil de la défiance. J’ai vu dans ton regard le dégoût de mon père, lu sur tes lèvres ses mots. J’ai vu dans tes yeux des choses dont tu m’as toujours nié l’existence. Est-ce que je suis une merde ou est-ce que la sienne nous a juste éclaboussées, toutes les deux ? Sourde oreille, incapable d’entendre ce que tu me disais, j’ai préféré écrire mon propre discours. Un cohérent avec le passé où je vis depuis des années. Un cohérent avec ta réaction. Un cohérent avec ma culpabilité. Incohérent avec la réalité. Exprimer ses émotions, c’est trop guez, alors j’ai juste bombé le torse, plaidé coupable. Je me suis construit une prison de solitude dont je me suis aussitôt évadée.
    
    Aller simple vers l’Espagne, pas de retour prévu, le cerveau en mode avion. Loin des yeux, loin du cœur. Le Soleil cuisant m’a cramé la rétine. Tous les soirs, un homme différent. Tous les jours un homme différent. Si j’avais pu, toutes les heures différentes. Je leur jouais ma flûte de touriste, eux jouaient avec mes cordes vocales. Réveil à huit heures, coucher à trois heures. Toutes les journées se ressemblent, mais toutes se savourent. Série de match sur Tinder, emplettes en ville, aucune idée de comment faire rentrer tout ça dans ma valise au retour. Nouveaux vêtements sur le corps. Nouveaux ...
«12»