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La Trinité (1)
Datte: 06/02/2023, Catégories: Divers, Auteur: lecourtmaltais, Source: Xstory
... (sérieusement, qui ça aurait intéressé ?), peu d’amis. C’est pourtant un de ces rares amis qui me permettait le plus régulièrement d’assouvir mon besoin d’être sur l’eau en allant un peu plus loin que ce que mon catamaran de plage permettait. Les parents d’Hervé avaient un voilier à la Trinité-sur-Mer. Ils connaissaient mon père, me connaissaient et me faisaient suffisamment confiance pour me laisser responsable de la sécurité de leur fils et de sa bande de potes pendant une semaine de croisière côtière dans les îles du Morbihan. Je m’ouvrais un peu plus aux autres, dans ce contexte ; la bande de joyeux drilles qui entourait Hervé facilitait les choses. Volontiers chambreurs, je remarquais quand même qu’ils prenaient des pincettes avec moi. Déjà parce qu’Hervé avait dû leur faire un topo sur ma situation, et puis parce que j’étais le seul à bord qui avait toutes les compétences nécessaires pour les amener à bon port. Cette sortie m’avait remonté le moral et s’était conclue par un apéro de retour à la Trinité. Posés dans le cockpit, on refaisait une dernière fois le monde avant de refermer cette agréable parenthèse. Les bières descendaient à un bon rythme... Je préférais rester modéré à ce niveau-là, car je voulais être en état de repêcher un de ces fiers mathurins qui aurait la bonne idée de tomber à l’eau. Puis, par courtoisie pour les parents d’Hervé, et parce que dans le cas contraire, le fantôme de mon père serait venu m’engueuler, j’avais décidé d’être ...
... jusqu’au bout l’adulte responsable du bord, et de leur rendre un bateau propre et en état de naviguer. Les anecdotes familiales glanées avant la croisière m’avaient convaincu qu’il ne fallait pas compter sur ce grand dadais d’Hervé pour prendre l’initiative de faire le ménage. Je l’ai donc jouée Gentil Organisateur en invitant cordialement tout ce beau monde à nettoyer cabines, carré, cockpit une fois les libations terminées. Pour une fois, les gars oublièrent leur réserve à mon égard et me charrièrent gentiment. Après quelques « Oui, mon capitaine » et autres joyeusetés, le boulot était quand même fait. Les dernières accolades et embrassades passées, la bande s’éparpilla. Je fis un dernier tour pour vérifier que tout était en ordre, puis je pris la direction du parking de la marina, pour récupérer la vieille Clio de ma grand-mère, qui m’avait permis d’arriver jusqu’ici et devait me ramener jusqu’à Erquy. Faire la route de nuit n’est pas ma tasse de thé, mais j’aurais fait deux fois plus de kilomètres pour naviguer à l’œil. La Trinité-sur-Mer, ce n’est pas Chicago. On ne s’attend pas à la mauvaise rencontre et pourtant... Il faut croire que tout peut arriver n’importe où. De là où j’étais, en remontant une passerelle des pontons de plaisance, je n’ai pas bien vu d’où provenaient les éclats de voix. Du parking, on dirait bien... On était en fin de saison, passé onze heures du soir un vendredi, donc j’avais toutes les raisons de me dire que ça restait du domaine de la ...