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La Trinité (1)
Datte: 06/02/2023, Catégories: Divers, Auteur: lecourtmaltais, Source: Xstory
L’histoire que je vais raconter n’est pas pour les gens pressés. Si vous recherchez quelque chose où les personnages font très vite "connaissance", ce n’est peut-être pas pour vous... Pas de galipettes dans ce premier épisode destiné à lancer la machine. Rassurez-vous, du sexe, il y en aura. Si vous savez être patient, j’espère que vous y trouverez votre compte. YANN J’étais dans ma dix-neuvième année lorsque tout ça est arrivé. J’étais à la fois mûr pour mon âge, parce que mon kilométrage était hors normes et parce que j’avais souffert, mais vert pour tout un tas de sujets. J’ai dit kilométrage, mais pour moi, ça se compterait plutôt en milles nautiques. Je naviguais depuis toujours, pour ainsi dire. Avec un père officier de marine marchande, j’avais de qui tenir. C’était un mordu, un marin jusqu’au bout des cheveux. Je le vénérais comme un dieu malgré la tare dont tous les pères qui exercent ce métier souffrent : trop absents quand ils partent, trop présents quand ils reviennent. Il profitait de ses congés pour me raconter ses voyages et m’apprendre tout ce qu’il savait. Je crois que j’ai su barrer un petit dériveur dès cinq ans, lire une carte marine en primaire, faire une droite de hauteur au collège... Quand ce n’était pas mon père qui louait un voilier pour balader la famille le long des côtes bretonnes, en Corse ou dans les Cyclades, il m’envoyait volontiers en stage aux Glénans ou à l’UCPA. J’ai eu une enfance enviable, ouverte sur le monde maritime et ...
... partant, sur le monde entier. Et mon monde s’est subitement rétréci. Mon père est mort l’année de mes seize ans, d’une mort conne, de terrien, dans un accident de la route. Mon existence avait déjà été chamboulée une première fois deux ans plus tôt, suite au divorce de mes parents. Ma mère, qui avait par ailleurs un tempérament dépressif, supportait de plus en plus mal les absences interminables imposées à son mari. Elle s’était remariée et habitait avec ma sœur, loin de la mer. Ce qui était inenvisageable pour moi, qui avait fait le choix de rester avec mon père. Après son décès, c’est chez ma grand-mère que j’avais atterri. Elle habitait Erquy, petit port de pêche des Côtes-d’Armor. Elle ne m’appelle que par « mon Yann », m’aime plus que tout et a tout supporté : mes sales humeurs, ma dérive indolente des dernières années de lycée, mon absence prolongée quand je suis arrivé à me faire embarquer comme équipier pour une transat’, alors que j’étais censé faire ce qu’on fait normalement à mon âge, c’est-à-dire des études. Mon père m’avait laissé de l’argent pour ça, mais je n’y avais pas touché, pensant que je l’utiliserai pour faire ce que je voulais vraiment faire, d’une manière ou d’une autre, c’est-à-dire sans grand rapport avec ce que la plupart des gens appelleraient « le monde réel » ou « le monde du travail ». J’étais donc spécial. Pas vraiment d’autres envies que celle de voyager en voilier, pas d’études supérieures, pas de plan de carrière, pas de vie amoureuse ...