1. La liste de Noël (5)


    Datte: 11/01/2023, Catégories: Trash, Auteur: Victor_lepieux, Source: Xstory

    ... amusant d’être aux premières loges pour voir mon amie glisser de l’ultra-popularité au mépris de tous. Les Allemands appellent ça du Schadenfreude, moi j’appelle ça de la curiosité.
    
    Et comme j’étais sa seule planche de salut, je pouvais tout lui demander. Qu’elle « m’aide » pour mes devoirs (c’est-à-dire, qu’elle les fasse à ma place.) Qu’elle vienne au ciné avec moi (c’est-à-dire qu’elle paye les places, et le McDo d’après) bref, ce n’était pas totalement désintéressé de ma part, je l’admets.
    
    Et puis, j’ai poussé mon mauvais comportement avec elle un peu plus loin. Mais c’est normal, quand elle était la reine du collège, je n’étais jamais sûre qu’elle m’invite à ses fêtes. Je souffrais ! Alors qu’elle souffre en retour, ce n’était que justice.
    
    Un de mes premiers tours fut de lui crever les pneus de son vélo. Ça peut paraître méchant et mesquin, mais pendant des années on la déposait au bahut dans une voiture de fonction avec chauffeur ; alors c’était amusant de la voir devoir rentrer chez elle en poussant son vélo sur deux kilomètres. Je recommençais fréquemment, jusqu’à ce qu’elle prenne le bus. D’après ce qu’on m’a raconté, elle devait rester debout, personne ne voulant être assis à côté d’elle, un sacré écart par rapport à sa berline climatisée...
    
    Mon second mauvais tour se déroula de manière plus surprenante. C’était en cours de sport, comme on avait tennis et qu’elle était très douée, ça m’énervait. Elle avait eu un prof rien que pour elle, c’était injuste. ...
    ... Alors, je lui lançais les balles très fort en pleine tête, les autres élèves le remarquèrent, et ça devint un jeu. Les élèves lui lancèrent ce qu’ils trouvaient à la gueule. Dans la cour, les garçons lui shootaient dessus au ballon de foot ; dans les couloirs, c’était des cannettes de coca ; et dans le bus, des boulettes de papier (avec des insultes inscrites dessus).
    
    Les lycéens commencèrent à noter ma tendance à « pranker » Linda. Mais personne ne m’accusa pas d’être une méchante harceleuse. Au contraire, on me félicita, les lycéens riaient beaucoup de mes farces, et personne ne prenait la défense de la petite bourgeoise dont la famille avait escroqué la ville. Que je donne une bonne leçon à cette mijaurée, ce n’était que justice.
    
    Tout ça pour dire que si mes actions peuvent paraîtres sadiques, rétrospectivement, elles n’étaient que le reflet d’un climat social. Si ça n’avait pas été moi qui la martyrisais, ç’aurait été une autre. Et puis elle-même réclamait une correction. Par exemple un jour elle me dit :
    
    « Cet enfoiré de juge c’est un connard, un syndicaliste gauchiste qui veut se faire une réputation en étant cruel avec mes parents. Il a même mis sa photo sur un mur, avec "Gros con" écrit dessus. »
    
    Ça m’enragea ; c’est vrai quoi, pour une fois que des politiques pourris se font pincer, elle trouve le moyen de les excuser. Elle cherchait à me provoquer, c’est pourquoi je répondis exaspérée :
    
    « Pourtant ils volaient l’argent. Et t’en as profité, hein.
    
    — ...
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