1. Le voile blanc


    Datte: 19/12/2022, Catégories: Trash, Auteur: Aldénor Aube-Miroir, Source: Xstory

    Le douanier me redonna mon passeport avec un grand sourire et un « bonjour » teinté d’un fort accent arabe. Je le saluai avant de saisir ma petite valise, me rendant à pas hâtifs vers le hall de l’aéroport. Là, à la sortie du terminal, m’attendait un homme de belle carrure, habillé d’un costume sombre presque trop petit pour lui, brandissant un panneau avec mon nom dessus. J’avançai vers lui et son air solennel disparut un instant lors de nos salutations.
    
    — Par ici, monsieur Salvin, m’invita-t-il d’une voix grave.
    
    Le vent chaud et sec de ce pays aride me surprit, tout comme son ciel bleu parfait. Le chauffeur m’amena à une belle limousine dont il ouvrit la porte avec manière. Je m’installai dans un beau siège de cuir, sentant la voiture démarrer à peine ma ceinture attachée. J’allumai un cigare - comme il était coutume à l’époque - et savourai la petite demi-heure de route. La grande ville orientale céda la place à une périphérie plus calme, aux villas plus somptueuses les unes que les autres.
    
    J’ouvris sommairement ma valise pour attraper le résumé de ma proposition commerciale. J’étais sur l’un des plus beaux coups de ma vie : une simple signature de mon hôte suffirait pour que ma fortune soit faite. Je serrai un peu plus ma cravate et profitai d’un petit miroir disposé non loin pour vérifier que mon apparence ne souffrirait d’aucun accroc.
    
    Le véhicule s’arrêta un bref instant, le temps qu’un grand portail en fer forgé ne s’ouvre, dévoilant un véritable palais ...
    ... dont le faste et le luxe étaient presque indécents. De beaux jardins contre nature étaient irrigués dans ce désert où rien ne pousserait sans la main de l’Homme.
    
    Un autre homme vint m’ouvrir la porte et je m’arrêtai un instant pour apprécier le palais qui s’offrait à moi. Je me remémorai Lawrence d’Arabie. Plongé dans ma contemplation, je ne vis pas arriver mon hôte, d’un pas rapide et assuré.
    
    — Monsieur Salvin, quel plaisir de vous compter parmi nous. Soyez le bienvenu, avez-vous fait bon voyage ? lança-t-il d’un ton joyeux presque paternaliste.
    
    Je croisai le regard clair de cet homme bien portant, plutôt petit, très bien habillé, doté d’un charme inexplicable. Il avait cette présence des hommes qui faisait taire toute une salle d’invités en entrant simplement dans la pièce.
    
    — Monsieur Abdelakim, merci pour votre accueil chaleureux, je suis très honoré d’être parmi vous aujourd’hui. Le voyage fut très agréable, répondis-je avec le plus d’entrain et de cordialité possible.
    
    S’approchant de moi, il tapota mon épaule. Il m’attira vers l’entrée de sa demeure en marchant à mes côtés, comme si j’étais un vieux cousin venu lui rendre visite.
    
    Nous nous connaissions déjà bien, échangions régulièrement par télégraphes et avions déjà effectué plusieurs dîners ensemble, très formels. Trop formels. Il m’avait très gracieusement offert de passer quelques jours dans son pays, à ses frais, pour sortir du cadre de travail et mieux connaître son nouveau partenaire d’affaires. ...
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