1. Mise à la preuve.


    Datte: 03/12/2022, Catégories: fh, hbi, policier, Auteur: Domi Dupon, Source: Revebebe

    ... teint hâlé, des yeux sombres et une bouche qui semblait sourire malgré l’air on ne peut plus sérieux de la dame. Plus grande que lui. Ce qui n’était pas difficile. Un beau brin de femme pour qui les aimait nature.
    
    Elle s’affala sur un des tabourets.
    
    — Hi ma Coco. Y’a une paie que je t’avais pas vu. Tabernacle, t’as pas l’air en forme ! Un chagrin de cul ? Non, je crois pas, à ta tête c’est plutôt un chagrin de cœur.
    
    La femme ne releva pas et se contenta de commander un double whisky. Son mutisme n’arrêta pas Claude.
    
    — Le lundi, mon bistrot, c’est rendez-vous des cœurs brisés. Tu vois Coco, le plus très jeune, mais pas encore vieux qui fait durer sa boisson, dit-il en le désignant, c’est un gay marié à une femme et c’est un gay triste parce qu’il aimait sa femme et qu’aujourd’hui c’est un gay veuf. Alors il vient là pour que Clo-Clo lui passe de la pommade et aussi pour trouver l’âme sœur… enfin l’âme frère et quand je parle d’âme, ce sont des âmes à deux boules.
    
    Charles restait concentré, l’œil fixé sur le glaçon qui fondait dans son verre.
    
    — Claude, t’arrêtes d’nous les casser avec ton humour du Québec. T’es lourd. Désolé, monsieur.
    — Ne vous en faites pas, je me suis fait à sa rude virilité d’homme des forêts, lui répondit-il sur un ton amusé. Et il ne fait qu’exprimer une réalité, ma réalité. Charles Beaumont, veuf, pd et triste.
    — Enchantée. Colette Dupin, gouine, séparée et triste.
    — Tu vois, Charline, j’en étais sûre. Allez, je vous en ressers un ...
    ... autre, c’est la maison qui offre.
    
    De fil en aiguille et de verre en verre s’étaient installée entre eux une complicité spontanée. Quand après 22 heures, le bar s’anima, ils se replièrent sur la table habituelle de Charles, loin du tumulte. Comme, ils avaient pas mal éclusé, Claude leur servit un petit mâchon pour qu’ils épongent. Autour de ce plat de cochonnaille, ils continuèrent d’évoquer l’un, sa femme si compréhensive, l’autre la salope qui l’avait larguée pour une jeune. À vrai dire, Charles se livrait beaucoup plus que la femme. Il lui expliqua sa défloraison par un mec sans s’y attarder. Il s’étendit beaucoup plus sur la honte ressentie ensuite. Le déni dans lequel il avait vécu pendant des et des années. Impossible qu’il soit homo, c’était impie. Il lui narra comment une première femme le sauva du suicide et lui prouva qu’être gay n’était pas une tare et que cela ne devait pas l’empêcher de faire l’amour avec une nana. Ce qu’ils avaient fait une fois.
    
    Ensuite, il attaqua le chapitre Marie-Hélène et il se montra intarissable. Marie-Hélène Beaumont née Nissemand, sa vie, son œuvre, sa mort prématurée d’une tumeur mal placée. Charles se rendait bien compte qu’il parlait trop, mais à chaque fois qu’il questionnait Colette, elle lui répondait brièvement et le relançait. À minuit, elle savait presque tout de lui, enfin ce qu’il avait osé dire, ce qu’il pouvait dire, alors que d’elle, à part ses déboires sentimentaux à répétition, il n’avait pas appris grand-chose. Ils ...
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