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Survie à deux (1)
Datte: 06/11/2022, Catégories: Divers, Auteur: DareYou, Source: Xstory
J’ai froid. Mon dernier souvenir est d’avoir maintenu l’ordre avec mon escadron de Gendarme Mobile aux abords de Strasbourg, et après, c’est le trou noir. Je me réveille engourdi dans une chambre d’hôpital, je retire maladroitement une perfusion usagée sur ma main et des lunettes à oxygène de mon visage. J’ai froid, le vent m’accueille avec un fond sonore grave et lourd de sens. Pas de bruit dans les couloirs, pas de personnel à mon chevet. Le soleil pénètre difficilement la couche de nuage diffusant une pâle lumière hivernale qui me ramène toujours au froid. Je quitte mon lit endolori pour trouver une réponse à toutes les questions qui assènent ma conscience, la première pour quoi je me suis réveillé maintenant ? Et dans quelle situation je me trouve ? Je me trouve lourd alors que je suis normalement entraîné comme un militaire, j’essaie d’appeler l’infirmière de garde, là encore pas de réponse. Je trouve sur une tablette de lit ma prescription qui indiquait une sédation profonde. La première question trouvait enfin une réponse : je ne dois mon réveil qu’à la fin du traitement de mon coma artificiel, mais alors quel jour sommes-nous ? Chaque réponse apporte des questions, alors je dois rester concentré si je veux avancer efficacement. J’ai encore plus froid en quittant ma chambre, sous ma chemise jetable, je suis nu. J’allume la lumière, mais aucun grésillement, même les groupes électrogènes étaient morts. Le lino glacé engourdit mes pieds et les lits ...
... médicalisés bloquent ma progression. Je ne préfère pas savoir ce qu’il y a dessus, mais cette vision m’offre un voyage dans le passé : la souffrance des hôpitaux publics, la pandémie, la surmortalité, le manque de moyens, etc. Derrière l’horizon d’un couloir, je vois un mouvement, une manifestation qui n’est pas le produit du hasard. Je suis en alerte, mais je n’arrive pas à progresser rapidement, mes jambes me font souffrir, je suis heureux qu’elles me portent encore après cette épidémie. Je vois une chemise ambulante se tenir au mur, essayant de sortir de ce dédale. J’avance lentement, silencieusement avant de trébucher sur un porte-sérum. Elle sursaute alertée par le bruit, elle me voit comme une menace, mais relativise rapidement quand elle aperçoit que je suis dans le même état qu’elle. Elle m’aide pour me relever en se tenant à une béquille, je dois faire une vingtaine de kilos en plus qu’elle, mais elle me supporte difficilement pour me reposer sur une chaise. Nous n’échangeons pas un mot, je pointe simplement une porte de service où je voudrais me rendre pour trouver du matériel. Elle me tend une béquille pour que nous progressions ensemble. Dans cette réserve, je trouve des étagères vides et des emballages éventrés, je ne sais pas qui l’a pillée, mais il ne reste plus rien. On trouve difficilement une poignée de couvertures de survie que je m’empresse de déballer pour recouvrir ses épaules et la réchauffer. Nous poursuivons notre progression, équipés de nos capes ...