1. Hommage à Lovecraft (1)


    Datte: 23/10/2022, Catégories: Divers, Auteur: Dante67, Source: Xstory

    ... Drouot est à la fois petite et grande. Nichée au cœur du 9e arrondissement de Paris, entre l’Opéra Garnier et le musée Grévin, cette rue, petite, n’est pas assez large pour deux véhicules et reste en sens unique de tout son long. Ce qui en fait une rue "grande", c’est son rayonnement international. La rue Drouot abrite l’Hôtel du même nom qui demeure depuis sa création en 1852 l’une des plus prestigieuses maisons de vente du pays. La rue est aujourd’hui bordée de boutiques spécialisées en philatélie et autres marchands d’art. Dans ce petit monde réduit, tout le monde se connaît. L’art est un univers à part qui réunit le pauvre et le riche, le génie et le médiocre, l’initié et profane.
    
    Je sirote un café à la terrasse avec un ami que je n’ai pas vu depuis de nombreuses années. La discussion se perd en envolées rhétoriques comme si nous ne nous étions jamais quittés, comme à l’époque de nos jeunes années étudiantes.
    
    Lucas et moi nous étions connus au lycée. Nous sommes tous deux des magnoludoviciens. Autrement dit, nous avons fait nos classes au LLG. Encore autrement dit : nous sommes issus du lycée Louis-le-Grand de Paris 5.
    
    Outre un solide enseignement, une notoriété reposant entre autres choses sur les trois présidents et les neufs ministres qui usèrent en leur temps les mêmes bancs que nos modestes fondements, le lycée Louis-le-Grand fut en son temps le siège de l’Universitas Magistrorum et Scholarium Parisiensis, c’est-à-dire l’une des plus anciennes ...
    ... universités du monde aux côtés d’Oxford, Cambridge et d’autres.
    
    Cet héritage, aujourd’hui peu s’en souviennent. Mais depuis le lycée, Lucas et moi en avons gardé une filiation importante dans nos vies. À cette époque, je m’asseyais volontiers dans la cour d’honneur sur l’un des bancs blancs donnant sur le jardin à la française et je songeais à ceux qui y avaient étudié les arts libéraux plus de huit cents ans avant moi. Souvent, nous arrive-t-il encore à Lucas et moi de nous remémorer la devise de l’universitéHic et ubique terrarum (ici et partout sur la terre) comme un mantra qui nous pousserait à aller toujours plus loin.
    
    Mais aujourd’hui, point d’arts libéraux, point de latin. Aujourd’hui, nous refaisons le monde à la façon des Parisiens :
    
    — De la confiture à des cochons ! Est-ce qu’un seul roi durant son règne aurait pu rêver d’autant de moyens à sa disposition ? On a un toit, de l’eau chaude, de l’électricité. On peut voyager de par le monde. On a accès au creux de notre main à une puissance plusieurs milliers de fois plus grande que la NASA n’en avait pour envoyer des hommes sur la Lune, et nous l’utilisons pour regarder des vidéos de chats ! Les Gilets Jaunes se plaignent de quoi ? Du pouvoir d’achat ? Du prix du pétrole ? Qu’ils payent leur essence au prix de son impact sur la planète, et ils comprendront combien ils sont choyés !
    
    Lucas a toujours été un homme mesuré. Une fois de plus, il le démontre et, le connaissant, il n’en est qu’à ses tours de chauffe.
    
    — ...
«1234...9»