1. Je ne suis pas celui que vous croyez


    Datte: 27/09/2022, Catégories: fh, revede, Humour Auteur: Amarcord

    — Dites-moi, Hélène, on ne pourrait pas se passer du masque ? Vous trônez presque à trois mètres de moi, protégée par votre bureau, à lui seul aussi vaste que toute ma cuisine…
    — Oh, et puis merde, vous avez raison, répond-elle.
    
    Elle révèle un visage agréable, traits réguliers et bouche sensuelle. Elle doit faire partie de ces femmes bien plus séduisantes à l’approche de la quarantaine qu’elles ne le furent plus jeunes. Elle fut certainement jolie autrefois, mais elle a gagné une forme d’assurance conquérante, une classe évidente devant laquelle on ne peut que s’incliner. Je suis d’ailleurs un peu gêné d’avoir testé sur elle, avant de rejoindre le rendez-vous, les ressources du générateur de texte gonflé à l’intelligence artificielle. Après quelques réglages appropriés des curseurs, celui-ci m’a restitué un paragraphe court, mais troublant. *
    
    — Vous trouvez que mon bureau est ridicule ? Que je me la pète grave ?
    — Là, c’est vous qui devenez parano, Hélène.
    
    Il est dépouillé, son bureau. Pas un papier qui traîne, quand le mien est toujours envahi par un joyeux bordel, dans lequel je me retrouve, ceci dit, parfaitement. Tout juste y a-t-elle posé les trois cadres de rigueur. Le fiston de dix ans sur son vélo. Une mignonne petite princesse avec ses tresses. Et leur probable géniteur, un grand mec souriant, genre Ken de Barbie, muni des accessoires et du costume de la boîte « Champion à Wimbledon ».
    
    — Marc, j’ai plutôt de bonnes nouvelles. J’ai ici les résultats ...
    ... d’évaluation récoltés auprès de vos collaborateurs. Vous êtes un chef d’équipe apprécié. Ils vous octroient 5 sur 5 sur l’équité, l’empathie, le respect. Ils vous trouvent créatif, parfois surprenant, ce qui peut aussi les intimider. Vous êtes exigeant, mais pas colérique, bosseur…
    — Bon, ben c’est parfait. Je peux y aller, alors ? en faisant mine de me lever.
    — Attendez, rigole-t-elle. Tout le bulletin n’est pas du même acabit. Vos compétences sont reconnues, mais ils vous trouvent un peu moins motivé par le digital, les réseaux sociaux, la gestion de l’e-réputation.
    — Ah, mon Dieu, c’est vrai, j’ai encore oublié l’e-réputation…
    — Ça ne vous intéresse pas ?
    — C’est le mot qui me gêne toujours un peu. J’ai un peu de mal avec l’e-jargon, l’e-baratin et l’e-connerie.
    — Et l’e-coaching aussi, on dirait ?
    — Vous êtes plus charnelle que virtuelle, me semble-t-il. Mais peut-être faut-il que j’e-vérifie ?
    — Vous avez une conception toute particulière du mot « digital », s’amuse-t-elle.
    — Je l’avoue, l’excès de virtuel m’emmerde, et alors ? Je ne dis pas que c’est inutile. J’ai engagé des collaborateurs qui sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits, je leur laisse pas mal d’autonomie. Pourquoi perdrais-je du temps à apprendre laborieusement ce que ces jeunes gens maîtriseront naturellement mieux que moi ?
    — Ça se défend. Mais que leur transmettez-vous de votre propre savoir-faire ?
    — Ah, nous y voilà ! Je m’y attendais. D’autres mauvais points ?
    — Vous ne recevez ...
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