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Les passantes
Datte: 23/07/2022, Catégories: fh, extracon, bus, amour, revede, poésie, mélo, nostalgie, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... Meligny qu’il épouse, mais Maria Boursin, elle a huit ans de plus que ce qu’elle lui a dit, elle n’est pas orpheline. Sa mère, couturière, vit encore à Paris. Elle va la voir de temps à autre, comme ses cousins. Trente-deux ans de mensonges, trente-deux ans de double vie. Pourquoi me direz-vous. — Oui, pourquoi ? — Pour rien, on n’a jamais su. Un sacré caractère, Marthe. Elle est aussi devenue peintre sous le nom de Marthe Solange, elle a eu un petit succès dans les années 20. Ils sont restés ensemble jusqu’à leur mort, elle de maladie en 1942, lui en 1947. — Quelle vie ! — N’est-ce pas ? Venez avec moi, il vous faut absolument voir son œuvre. — Non, j’ai à faire. — Dommage. — Bon, d’accord. Servez-moi de guide. Les courses attendront demain. Nous reprenons le métro pour atteindre le musée. Les couloirs sont longs. Je marche trop vite, pour me suivre elle doit s’accrocher à mon bras. Je comprends qu’elle a des jambes plus courtes que les miennes, je ralentis. Elle reste serrée contre moi, je suis bien, un frisson me parcourt de la tête aux pieds. Tiens, cette fois dans les escaliers, je n’ai pas cherché la paire de fesses de mes rêves. ---o O o--- ELLE La rame est vide à cette heure. Assis l’un en face de l’autre, nos esprits s’envolent… Il y a à peine quelques heures… Une éternité. Avant de commencer la visite, il tient absolument à me faire visiter la maison qui héberge le musée. J’imagine les calèches qui amenaient les invités dans la cour. ...
... Quel luxe ! Une maison bourgeoise de la fin du 19e, la chambre de monsieur, celle de madame, très vieille France. Un collectionneur aussi, sa maison est à elle seule un vrai musée, Rembrandt, Fragonard, et sa collection italienne dont un Botticelli. Il ne devait pas vivre au SMIC ceux-là. Mon guide connaît tout, m’explique tout. Je suis sous son charme, je n’arriverais jamais à tout retenir, je me laisse bercer par le son de sa voix. C’est le grand moment, l’exposition temporaire. Il m’a prévenu, c’est un petit musée, ce sera rapide, une vingtaine d’œuvres, quelques paysages, mais surtout des nus de sa femme. Ambiance feutrée, peu de lumière, seuls les tableaux sont éclairés. Les gens parlent à voix basse comme à l’église. À côté d’un jardin ensoleillé vu au travers une fenêtre, le premier nu de Marthe, une belle femme, il est en extase. Je comprends sa passion pour Bonnard dès ce premier tableau, simple comme le bonheur. « Nu en contre-jour », une salle de bain 19e, une femme nue de dos, jolies fesses, on distingue à peine sa poitrine. Un tub pour la toilette, et dans le coin gauche un petit miroir, le reflet de la femme de face. Maintenant il parle peu, il est sous le charme du peintre, de son modèle. Je n’ose rompre ces instants magiques. Devant un autre nu, il me prend la main. Je ne la retire pas, nous contemplons ensemble, sans faire attention à ceux qui à côté de nous ne savent regarder qu’au travers leur téléphone. Pourquoi toutes ces photos ? Petites ...