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Je me souviens...
Datte: 10/03/2022, Catégories: amour, nonéro, lettre, mélo, nostalgie, amouroman, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
Je me souviens… Je me souviens… qu’elle m’était apparue, tel un ange, alors que nous n’avions qu’à peine dix ans. Je ne saurais dire si cela était dû à son allure menue ou à son caractère réservé, mais je ressentais, déjà, le désir de la protéger. Je l’avais dans un premier temps abordée timidement, puis nous étions très vite devenus inséparables et partagions le plus clair de nos existences insouciantes ensemble. De sorties pour des promenades en campagne dominicales, je la portais sur le guidon de ma bicyclette et elle se laissait guider, agrippée à mes poignets, la tête reposant sur mon épaule. Nous écumions arbres fruitiers et baies sauvages des alentours ; nous construisions aussi des cabanes dans les bois, elle en était l’architecte et moi le maçon, qui, à grand renfort de feuillages et de branchages, érigeais les murs végétaux de notre futur logis. Notre cahute ballottait au gré du vent, mais avait à nos cœurs des allures de châteaux et nous imaginions déjà notre avenir commun tout tracé sous cet abri de fortune. Nous échangeâmes notre premier baiser en nous promettant monts et merveilles jusqu’à la fin des temps, nos lèvres jointes s’étaient collées pour une étreinte innocente que nous avions fait durer comme dans les contes de fées. Cette simple évocation m’émeut à en pleurer et fermer les yeux me suffit à ressentir, encore dans ma chair, la douceur de cette dernière. Je me souviens… que notre adolescence nous sépara sans que je pusse pour autant ...
... l’oublier. Je l’épiais discrètement dès que nos chemins se croisaient, mais jamais je n’aurais osé lui déclarer ma flamme, et pourtant… je pouvais n’aimer qu’elle ! Nous nous retrouvâmes sur les bancs du lycée. La petite fille fragile s’était mutée en une jeune femme un peu rebelle, mon vélo laissa place à une mobylette, les champs d’arbres fruitiers devinrent des cafés et notre cabane se transforma en cages d’escaliers. Certes, nous pouvions rêver repères plus romantiques, mais nous en voulions au monde entier et philosophions sur un avenir incertain. Paradoxalement, notre mal de vivre nous lia à nouveau, je buvais ses paroles et elle s’abreuvait des miennes. Plus de prince ni de Cendrillon, nous étions alors Bonnie et Clyde… Et nous nous jurions « à la vie, à la mort », tout en nous flagellant l’épaule d’une légère brûlure de cigarette en gage de bonne foi, et afin de ne jamais oublier ce pacte voué à perdurer. Je me souviens… de notre premier rapprochement plus charnel. Comment ne pas me rappeler ce moment où elle dévoila maladroitement ses charmes à mes yeux ébahis, me défiant d’un regard bouillonnant d’envie ? J’aurais pu mourir foudroyé sans aucun regret, comblé par tant de voluptés. L’embrassant à en perdre haleine, la caressant jusqu’à l’épuisement, je prospectai avec ravissement chaque parcelle de son corps que je chéris sans faiblir et couvris de mille douces attentions. Notre union s’avéra intense, magique, elle était devenue mon océan, moi son ciel… nous formions ...