1. L'amante des marées


    Datte: 09/03/2022, Catégories: Divers, Auteur: Lebateleur, Source: Xstory

    Un conte érotique sans prétention pour passer le temps.
    
    Perdu dans l’occident du monde, encore plus loin à l’ouest que la Francie, le duché de Breizh est un lieu où l’immense masse de terre euro-asiatique se jette dans l’océan. Pour les érudits de l’Ëran ou les brahmanes des cours de l’Hindoustan, c’est un pays qui figure en marge des cartes, peuplé d’êtres inconnus et de merveilles. En réalité, c’est un pays au climat doux, bien que les tempêtes soient une menace concrète, boisé, où de nombreuses personnes vivent du travail de la mer. La proximité avec l’élément marin a ancré dans le cœur du peuple la crainte des fantômes, démons et autres apparitions qui hantent les vagues. On évoquait souvent lors des veillées entre pêcheurs des histoires autour de bateaux fantômes qui attendaient les marins après leur mort, véritables au-delà sur mer. Des sirènes et de leur palais sous-marin de nacre et d’ambre où luisaient des lampes de saphir et d’émeraude.
    
    Ainsi que les gestes de saints capables par leur seule volonté d’arrêter les tempêtes, et d’une cité abîmée dans les flots par la malice d’une jeune fille. C’est à ces histoires et à d’autres encore que pensait Erwan sans trop y croire alors qu’il marchait de nuit sur le long chemin qui menait vers la plage. Il jeta un regard sur la campagne alentour, baignée dans la lumière pâle et ténue de la pleine lune, puis se renfrogna dans son long manteau et accéléra la marche. Ce n’est pas des spectres dont il avait le plus peur, mais ...
    ... des brigands qui rôdaient parfois sur les routes nocturnes et qui pourraient être attirés par le contenu de l’imposant sac qu’il avait sur le dos. Ce dernier ne contenait pas d’objet qui ait en soi une valeur intrinsèquement élevée, mais ce qu’il s’apprêtait à faire avec ces bibelots serait la plus grande expérience de toute sa vie.
    
    Il l’avait rencontré il y a six mois de cela.
    
    Erwan avait toujours été un garçon de constitution fragile, maladif. Pour cette raison, son père n’a jamais voulu l’initier au dur métier de pêcheur, considérant que cela serait trop dangereux pour lui. Il n’était pas oisif pour autant. Erwan aidait au triage des produits de la pêche. Développant dans ce domaine des compétences quasi surhumaines. Il était ainsi capable de reconnaître d’un coup d’œil l’espèce d’un poisson ou d’un crustacé et d’estimer ensuite sa valeur. Estimations qui se confirmaient correctes la plupart du temps.
    
    Ainsi passait sa vie. Il y avait cependant chez lui une légère frustration de ne pouvoir aller en haute mer. Frustration qu’il aimait combler en se promenant de longues heures sur le littoral. Ce fut lors d’une après-midi morne de l’hiver de ses dix-huit ans qu’eut lieu la première rencontre. Il marchait sur une plage du Trégor, regardant au nord la vaste mer d’où venaient autant les commerçants anglais que les hordes barbares de la Scandinavia. Ces païens maudits surgissaient périodiquement des brumes du nord sur leurs bateaux à fond plats. Ils pillaient villages et ...
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