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Mise en bouche
Datte: 14/02/2022, Catégories: fh, hplusag, policier, Auteur: Domi Dupon, Source: Revebebe
... suivi avait été épique genre théâtre de boulevard endiablé. Je lui avais tout crié, insistant sur sa sexualité défaillante, sa peur de la vieillesse et son besoin de se rassurer avec une gamine. J’avais même insinué qu’Alice avait surtout été séduite par son fric. Ce qui relevait de la méchanceté pure, celle-ci issue d’une famille plus qu’aisée n’avait aucunement de jouer les croqueuses de diamants. Dans ma fureur, quelques bibelots auxquels elle tenait particulièrement avaient rencontré le sol avec une telle violence que seule la poubelle pouvait encore leur servir d’écrin. Quand je l’avais quittée pas vraiment en bons termes, c’était Bagdad dans son salon. En cata, j’avais réussi à louer un container et j’avais fait appel à Bryce, mon second, pour m’aider. Il avait réquisitionné trois copains. Le dimanche soir, je jetai les clés dans sa boîte aux lettres après avoir craché dessus. Pendant deux mois, j’avais squatté dans un hôtel minable tout en cherchant un logement à acheter. J’aurais voulu un appart dans Lyon, pas trop loin de la rue Marius Berliet. Pas dans les prix d’un commandant de police, même dans la proche banlieue. Pas question pour moi d’acheter dans certains quartiers chauds. Pas par peur, seulement, je n’avais aucune envie de croiser mes « clients » en dehors des heures de service. À force d’agrandir le cercle de mes recherches, la bonne affaire se présenta. Une maison à Bressoles, bled de l’Ain situé à une distance correcte de Lyon. Petite, quatre ...
... pièces sur un garage/atelier. Elle appartenait à un vieux monsieur récemment décédé. Les héritiers ayant hâte de s’en débarrasser, le marché fut vite conclu. J’y campais depuis une semaine. Comme je n’avais pas d’affaire urgente en cours, j’avais obtenu l’accord de mon boss d’arriver en milieu de matinée à l’hôtel de police et d’en partir plus tard le soir. Des horaires décalés en quelque sorte. Cet arrangement me permettait d’éviter le gros des embouteillages. Ce lundi matin, je débarquai tranquille, dans l’espèce de hall que les pontes avaient, pompeusement, britannisé en open space, avec une sérénité que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. En voyant Bryce, je compris que cet état de béatitude n’allait pas durer. — J’sens que tu vas m’gâcher mon lundi. Laisse-moi d’viner : un casse qui a mal tourné. En prononçant ses paroles, je réalisai que je disais une connerie. France Info m’aurait avertie avant mon arrivée. — Plutôt un mec qu’en avait marre de sa femme ! — Vous avez tout faux, chef. Malgré notre amitié, Bryce ne m’avait jamais tutoyée alors qu’il avait le tutoiement facile. Au cours d’une soirée arrosée, je lui en avais demandé la raison. Il avait perdu son assurance habituelle pour finalement m’avouer en balbutiant que je l’impressionnais trop. Je lui avais ri au nez, mais nous n’en avions jamais reparlé. Plus jeune que moi d’une dizaine d’années, célibataire endurci, si je n’avais été une lesbienne orthodoxe, il m’aurait fait craquer. Ceci est une ...