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Concours : Le déjeuner sur l'herbe : Manet et moi (1)
Datte: 03/02/2022, Catégories: Divers, Auteur: Anthynéa, Source: Xstory
... ressens comme des chatouilles au passage de ces yeux que Paul et Louis ne peuvent s’empêcher de laisser traîner. Quant à toi, tu restes sagement à quelques pas. Drapée dans ton attente. Celle de voir mes réactions, celle de me voir désormais livrée aux jugements masculins ? Moi qui ne possède rien, rien d’autre que toi. Et pour tout trésor que cette source si remarquée en cet instant. Deux paires de mirettes qui me détaillent et froncent leurs sourcils. Ils espèrent un plus, que je ne saurai jamais leur accorder. Tout est à toi et ça te fait sourire. Tu rêves sans doute en suivant le manège de ces beaux parleurs, à cette nuit passée où notre couche est devenue champ de bataille ! Et ce sont bien ces scènes où nous nous sommes partagées, où nous avons si bien croqué la pomme... sans pour cela réclamer le serpent, ce sont bien ces instants si délicats que je garde là au fond de ma mémoire. Paul parle... avec ses mains, à la manière d’un Italien. Louis se gausse des propos que lui tient son ami et moi... moi ma belle Héloïse, mes pensées sont toutes tournées vers toi. Tu es celle que j’aime... l’amour de toute une vie. Mais comment leur dire à ces deux gandins que leurs manœuvres d’approche n’auront aucun résultat ? Ils paradent, ils pérorent, sentant peut-être que la proie dans son intégrale impudeur peut leur appartenir. C’est sans compter sur mon âme déjà possédée, quant à mon cœur ! N’en parlons même plus. Il ne bat que pour cette femme à deux pas de ce groupe que ...
... nous formons, Paul, Louis et moi. Leur hurler la pure vérité serait un sacrilège ? À moins qu’elle ne nous attire les foudres de cette masse d’amis que nos deux courtisans entraînent dans leur sillage. Je les entends déjà et j’en frémis. — Non, mais ! Regardez-moi ces deux gougnottes... Elles sont comme deux chiennes en chaleur, et se butinent à longueur de nuit. Comment éviter les quolibets, pour ne pas dire l’opprobre, que notre inconduite si elle était connue, ne manquerait pas de nous attirer. Cependant les lèvres me brûlent de me taire. La couleur de ces sentiments que j’éprouve pour toi... Héloïse, reste celle d’un ciel d’été. Bleu, sans nuages... mais les deux hobereaux qui m’entourent et roucoulent font tache sur cette herbe où nous allons déjeuner. Le soleil est là qui frise de tous ses feux un tas de haillons mouillés. Et je dois reconnaitre que si parfois je le suis aussi à un endroit que la décence m’interdit de nommer, ce n’est pas vraiment par ce qu’ils me racontent... Non ! Je suis tout à toi, toi qui te tiens en cet instant bien trop loin de moi... Tu es belle dans ta parure de jeunette ambitieuse. Les garçons sont charmants et de beaux partis. Mais la seule personne qui me semble digne d’être aimée... a des seins et un visage d’ange. Pourquoi Dieu permet-il que des êtres si semblables se sentent attirés, si c’est pour les jeter en pâture à la vindicte populaire ? « Aimez-vous les uns les autres », n’est-ce pas une phrase entendue mille fois dans ...