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Concours : Le déjeuner sur l'herbe : Manet et moi (1)
Datte: 03/02/2022, Catégories: Divers, Auteur: Anthynéa, Source: Xstory
En ce bel après-midi d’été... Quelques mots griffonnés au dos d’une carte. Dans quelles circonstances ? Alors, cette simple phrase me ramène si loin en arrière... Pourquoi étais-je nue ? Toute une histoire qui remonte à la surface de ma mémoire embrouillée. Bizarre aussi comme les images de ce lointain passé sont d’une netteté implacable, alors que ce que j’ai fait seulement hier m’échappe ! J’entends encore Louis... — Oh ! Alice ! Ta peau... Blanche comme neige de décembre ! Et moi pauvre folle qui sourit. Je crois encore que toi, Héloïse, tu vas aussi venir me tenir compagnie. Tu te tiens un peu à l’écart. Ma nudité te gêne ? Peut-être ? Toi pourtant si prompte à jeter ta gourme, si rapide dans l’intimité de notre chambre... tu ne supportes pas la présence de cet ami, Paul qui parle tellement. Le ruisseau chante, quelques pas en amont de cette nappe que nous dressons. Une table pour un piquenique qui s’annonce bucolique. Et c’est bien dans ce ru, lors d’un élan mal calculé que je suis tombée, jusqu’à la taille. Mes vêtements sont bons à tordre, trempés, perdus. Alors lequel de nos deux compagnons a suggéré que nous les fassions sécher durant le déjeuner ? Paul ? Louis ? Je dois faire un énorme effort de mémoire pour juste retrouver les mots de ce midi-là. Puis ils résonnent dans ma tête. Finalement non ! C’est toi Héloïse qui rit si fort alors que je glisse dans cette onde fraiche. — Eh bien, te voici bien lotie ! Regarde-moi dans quel état tu t’es mis ...
... ma pauvre Alice. Tu comptes donc gâcher notre sortie ? —... — Bon ! Trouvons un endroit pour que notre belle amie remette un peu d’ordre dans sa tenue. —... Je n’ai rien répondu. À quoi bon de toute façon ? L’emprise que tu exerces sur moi est quasi totale. Alors lorsque tu ouvres mon caraco, puis dégrafes ma robe, j’accepte sans broncher. Bien entendu que Paul et son complice du jour ne font aucune remarque. J’imagine un instant que tu vas mourir de jalousie de me voir ainsi sans fard, offerte aux yeux concupiscents de ces deux hommes. Mais tu te contentes de sourire. Dès que nous nous sommes installés, tu t’éloignes. Qu’espères-tu ? Que je crie au loup, que je tape du pied ? Je suis assise sur un coin de cette couverture... drôle de couleur pour une nappe, qu’un violet délicat, tirant sur myrtille. Et les deux garçons qui me font un brin de cour. Étrange équipage que ma mémoire fait resurgir, et j’ai peur de ce que leurs yeux ne cherchent plus à éviter. Pourquoi, Héloïse ne viens-tu pas m’aider. Tu me laisses m’enliser, tiraillée entre le désir de te serrer dans mes bras et celui de leur hurler la criante vérité. Eux ne se préoccupent de rien. Ils se contentent de suivre chaque mouvement de mon corps, pour en deviner ses secrets qui te sont réservés. Oh, vilaine fille qui m’abandonne à ces gens, telle une brebis. Finalement, je sens la brulure de ces quinquets, avides de venir se poser sur ce buisson que je masque d’une cuisse relevée. Et pourtant ! Je ...