1. Chemin de croix


    Datte: 03/02/2022, Catégories: nonéro, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... certain. Une phrase sibylline dite dans un accès de colère ? Ou bien un lapsus révélateur qui lui prouvait que c’était un coup monté ? Que les deux-là se connaissaient et qu’elles l’avaient piégé ? Impossible de penser sainement dans ce trop profond silence. Il devenait fou, ou du moins son état de santé mental s’en approchait tout à coup d’une façon alarmante. De plus, cette inconnue qui avait mis le boxon dans sa vie, dans son couple avait filé sans dire un mot.
    
    — oOo —
    
    — Ma chérie, tu veux que nous commandions des pizzas ? Tu n’as pas faim, toi ?
    — Fais comme tu veux. Je ne suis pas vraiment remise de ma mésaventure. Alors je ne sais pas si je vais pouvoir avaler une seule bouchée.
    — On ne peut pas vivre sans se remplir l’estomac. Bon, je commande et nous fais livrer ici. Une « Trois-Fromages », ça te convient ?
    — Celle que tu veux, pour ce que ça va changer…
    — Tu ne veux pas me parler ? Tu sais que ça pourrait te soulager de t’ouvrir, et puis tu me connais suffisamment pour savoir que je ne juge jamais.
    — Oh ! Papa ! Je n’ai pas envie de ressasser ce truc. C’est trop tôt, trop rapide. Laisse-moi juste du temps.
    — Comme tu le sens Sonia…
    
    Il s’écarta en appelant déjà la pizzéria la plus proche, celle qui livrait à domicile.
    
    — Allo ! Oui bonsoir, je voudrais commander deux « Trois-Fromages » et…
    
    Le reste se perdit dans les méandres de la tête brune dont les pensées étaient ailleurs. La première partie du plan avait bel et bien réussi. En discuter avec ...
    ... ce papa n’offrait aucun intérêt et puis, il ne comprendrait sans doute pas, et approuverait encore moins. Donc, elle se tairait. Dès demain, elle intégrerait pour quelques jours un appartement que son boss lui fournirait et ma foi, le temps ferait le reste. Quant à sa mère, elle avait bien ri en songeant au bon tour qu’elle allait jouer à son nigaud de gendre. Elle s’en fichait comme de sa première nuisette de ce Romain dont elle ne savait strictement rien avant que Sonia ne lui en ait parlé.
    
    Jouer la comédie d’une colère avait déjà représenté un sacré effort. Mais cette fausse querelle avait eu l’air si réelle que le malheureux jeune homme n’y avait vu que du feu. Le reste allait être rudement plus complexe et surtout plus douloureux. Au bout de ce chemin de croix imposé par la vie, une perspective quasiment nulle, sans issue. Pas question de déballer ses cartons. Seul celui contenant du change et ses affaires de toilette serait ouvert. Demain, au plus tard après-demain, elle quitterait la maison de ce papa qui ne pigeait rien. De toute façon le temps n’avait plus guère d’importance.
    
    Ou plutôt si ! Il lui était compté. Et la manœuvre réussie d’éviction de sa vie de ce Romain aimé, si elle s’avérait nécessaire, lui devenait terriblement déplaisante là, dans cette solitude d’une chambre. Sonia s’endormit donc avec une sorte de remords. Le moment des regrets était déjà dépassé et les jours à venir, pour pénibles qu’ils doivent être, ne seraient plus très nombreux. L’odeur ...
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