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Chemin de croix
Datte: 03/02/2022, Catégories: nonéro, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
Une vie entière en quelques cartons, voilà ce que Sonia avait sous les yeux. Elle ne voulait rien emporter d’autre. Ses souvenirs, c’était bien au fond de son crâne qu’ils restaient logés, et là, pas question de les lui voler. Dans huit jours, dans dix ou dans un mois, une autre femme s’installerait dans cette maison qui avait été un havre de paix. Romain, au coin de la fenêtre, baissait la tête. Il avait pourtant bien tenté de justifier l’intolérable, l’impossible à admettre. Ses doigts fourrés dans les poches d’un jean trop lâche, lui donnaient un air encore plus minable. Aucune excuse ne trouverait grâce aux yeux de la petite brunette qui attendait que son père vienne la récupérer. Plus un mot ne s’échangeait entre ces deux-là qui pourtant avaient connu bien des bonheurs dans cette petite maison. Une erreur avait mis à mal huit ans d’une vie commune plutôt réussie. Mais Sonia n’était pas femme à partager l’amour de son compagnon. Non ! Si elle ne suffisait pas, plus, au bonhomme, eh bien, il ne lui restait plus qu’à plier bagage. Et les cartons remplis de ses seules fringues attestaient de sa détermination ! Dans l’allée, la berline noire du père de la femme encore bien jeune fit crisser le gravier. Puis le claquement d’une portière et les pas sur les trois marches menant à l’entrée. Un coup de sonnette bref, et déjà elle filait vers la porte encore close. Pas un regard pour cet homme qui ne bronchait pas dans le coin de l’évier et de la fenêtre. Pierre entra dès que ...
... sa fille eut ouvert la lourde. — Bonjour Sonia. Salut Romain. — Bonjour papa. On charge cela ? — Tu… enfin vous êtes sûrs que c’est bien ce que vous voulez ? — Papa… ne remue pas le couteau dans la plaie. — Bon ! Une petite soixantaine, les cheveux coupés courts, marqué par quelques blancheurs sur les tempes, le père semblait encore bien costaud. Il haussa les épaules : sa gamine, à l’image de sa mère, était une cabocharde qui fonçait sans plus rien vouloir entendre. Il était vrai que pour ouïr, encore aurait-il fallu écouter, et ce n’était pas le fort des femmes de la vie de ce Pierre qui, colis par colis, transportait la vie de Sonia dans le coffre de sa jolie bagnole. Quand il eut terminé son transfert, la jeune femme avait déjà pris place sur le siège passager avant. Lui, il retourna dans la maison. Romain n’avait pas esquissé un seul mouvement. — Je suis désolé, Romain. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, et ça ne me regarde pas, mais je peux t’assurer que tu es et seras toujours le bienvenu à la maison. — Merci Pierre. Je crois que j’ai un peu merdé. — Pas moyen d’arranger ça ? — Ben, vous connaissez Sonia ? Têtue comme une mule, votre fille, et pas de dialogue possible. Mais j’ai mérité ce qui m’arrive, je dois le reconnaître. Et que vous m’accordiez encore un zeste de crédit me fait chaud au cœur. — Pourquoi devrais-je t’en vouloir ? C’est vos vies, votre histoire, et ce n’est pas aux parents de juger de votre comportement. Je sais bien, ...