1. Chemin de croix


    Datte: 03/02/2022, Catégories: nonéro, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... conviendra ?
    — Oui, c’est parfait. Est-ce qu’il est aussi dans vos attributions de me donner la main lorsque…
    — Si c’est votre choix. Mais je ne suis pas habilitée à rester dans votre chambre lors de l’absorption de…
    — Oui ! Je vois. Bien sûr, mais nous en reparlerons avant le dîner ? Je voudrais écrire quelques mots…
    — Eh bien, je vous laisse faire votre courrier tranquillement… Si vous avez besoin d’autre chose, vous pouvez m’appeler par le biais de cette sonnette.
    — Merci… Je me prénomme Sonia. J’ai le droit de vous demander votre prénom ?
    — Vous avez tous les droits. Nous nous appelons toutes… Bénédicte !
    — Toutes ?
    — Oui toutes…
    — Alors à tout à l’heure, Bénédicte. Merci mille fois.
    — De rien, madame.
    
    — oOo —
    
    Trouver les bons termes pour dire en quelques lignes un tas de mercis. Ne pas verser dans la sensiblerie avec, toujours au fond du crâne, les meilleurs instants vécus avec chacun des destinataires des lettres. Un drôle de moment qui laissa le temps à la nuit de venir assombrir les alentours. Tout était d’un calme dans cette sorte d’hôtel. Sonia ferma ses trois enveloppes et elle s’allongea sur le lit. Son bras s’étendit vers le bouton d’appel. Elle y renonça à la dernière seconde, songeant que l’heure du dîner approchait. Pourquoi déranger cette charmante femme qui l’avait si gentiment reçue ?
    
    Elle sentit la crise qui, telles des contractions, lui tira une plainte vague. Les yeux clos, elle laissa passer l’orage au fond d’elle. Mon dieu, comme ...
    ... c’était douloureux. Et les images qui défilaient, là, sous son crâne, revenaient d’un lointain passé. Elle avait vingt ans, les cerisiers étaient en fleurs. Romain, son visage en filigrane se penchait sur elle. Sa bouche arrivait délicatement sur la sienne et le baiser qui s’éternisait, c’était leur premier. Elle se berçait déjà de ses doux relents d’un amour qui ne survivrait pas à cette nuit à venir.
    
    La porte s’entrouvrit et le parfum d’un plat embauma en une fraction de seconde toute la chambre. La rousse au chignon, tailleur très strict, vint déposer sur la table proche du lit un plateau bien garni. Les yeux de Sonia accrochèrent alors un minuscule sachet avec trois comprimés. Un verre d’eau, aussi, s’acoquinait avec une demi-bouteille d’un Bordeaux rouge. Sous la cloche recouvrant l’assiette, une jolie part de viande et des frites à l’odeur alléchante. La femme ne souriait toujours pas, mais ses yeux semblaient remplis d’étoiles.
    
    — Bach, Mozart ou Beethoven ?
    — Oh ! C’est égal, j’aime les trois ! Le plus entraînant des trois ?
    — Je ne saurais vous conseiller en cette matière…
    — Alors, voyons ce que vous avez là. Tiens, celle-là ! J’ai toujours aimé, Erbarme dich : La passion selon Saint Matthieu.
    — D’accord pour Bach, alors…
    — Oui… et vous pouvez me dire comment je dois prendre ceci ?
    — Avant, après ou pendant votre repas, ou à n’importe quel moment choisi par vous. Les trois gélules ensemble, quand vous pourrez ou le voudrez. Ensuite, appuyez sur la sonnette et ...