1. Orage !


    Datte: 12/01/2022, Catégories: fh, fplusag, Auteur: Domi Dupon, Source: Revebebe

    Vendredi soir
    
    — Oh, merde ! Ça, c’est de l’éclair, s’exclama-t-il. Ça va péter.
    
    À l’abri dans sa véranda, vautré dans une bergère un verre de bière (belge d’abbaye) à la main, France-Info en ambiance de fond sur son vieux poste à transistors, il assistait en spectateur admiratif à l’orage intense qui éclairait la vallée de ses zébrures lumineuses.
    
    Il aurait dû regarder la météo avant de partir de Lyon. Mais à vrai dire, et même à dire vrai, il se fichait du temps qu’il pouvait faire. Après trois semaines non-stop d’une enquête des plus chiantes et pour un résultat nul, son commandant lui avait proposé, une semaine de récup. Il avait rendu son étoile de shérif, éteint sa bécane et était revenu dans ses montagnes du Haut-Bugey pour se ressourcer. Il avait hérité, de son grand-père, ce chalet situé au bout du bout d’un chemin vicinal. Joli euphémisme pour expliquer que c’était la dernière habitation d’un hameau composé d’une dizaine de feux implanté au pied de la montagne à une centaine de mètres de la lisière d’une forêt domaniale. On y accédait par un pont étroit jeté au-dessus d’un torrent qui, par temps d’orage, pouvait se montrer tumultueux (le torrent pas le pont !).
    
    Il adorait ce coin où, avec Mathilde, ils avaient passé de merveilleux moments, mais depuis l’arrivée de deux sexagénaires dans la maison voisine, trois ans auparavant, sa chère et tendre n’y revenait qu’à contrecœur et de plus en plus rarement. Elle s’était pris la tête avec l’élément mâle du ...
    ... couple, pour quelque obscure raison et, à chaque séjour, ils s’engueulaient par-dessus la haie. Dans ces combats de basse-cour, l’épouse et Jeff, restaient en retrait, mais à plusieurs reprises, il avait été obligé d’intervenir tant l’irascible voisin se montrait impoli envers Mathilde. Pas qu’elle ne le méritait pas, mais c’était sa femme. Que lui, à l’extrême limite (il ne l’avait jamais fait, et pour cause… !) la traite de sale conne mal baisée, soit, mais qu’un voisin le fasse… Et sur quoi s’appuyait-il pour dire qu’elle était mal baisée ? Il aurait mieux fallu dire pas baisée du tout. Il ne se souvenait même pas de la dernière fois où ils avaient fait l’amour.
    
    Ils s’étaient mariés une dizaine d’années auparavant après six mois d’une relation passionnelle. Mathilde, comme pas mal de gonzesses, avait été impressionnée par son métier, enfin par le côté cow-boy avec son « six coups ». Au début, il n’avait pas démenti : une super nana, avec tout ce qu’il fallait où il fallait, très imaginative au pieu, et sans beaucoup d’interdits, avec un cerveau, ce qui ne gâtait rien. Quand elle avait compris que son boulot consistait surtout à se confronter avec des ordinateurs ou des téléphones portables, ils se connaissaient suffisamment pour qu’elle passe outre. Les premières années de leur union furent idylliques. Leur relation se délita peu à peu. Elle ne voulait pas d’enfant, elle était surtout préoccupée par sa carrière. Aujourd’hui, même s’il existait une vraie complicité, voire ...
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