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Dans la tête et dans le cœur de Thibault.
Datte: 04/08/2021, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... la suite d’une bagarre entre mecs bourrés. C’est le même vent d’Autan qui caresse la peau du jeune pompier, toujours réveillé, se retournant sans cesse dans son lit, cherchant sans cesse dans ses draps l’odeur persistante de son Jéjé. Dimanche 26 août 2001, 5h41 En apprenant au petit matin, par un coup de fil d’un collègue pompier, que son pote Jéjé avait été secouru, inconscient, à la suite d'une bagarre, Thibault avait ressenti une terrible souffrance s'emparer de lui. Depuis un bon moment, il savait que son pote n’allait pas bien ; et il avait pressenti le risque que quelque chose puisse lui arriver. Et quelque chose de grave venait de lui arriver. Alors, ce matin, Thibault s’en veut de ne pas avoir pu, de ne pas avoir su l’empêcher : il s'en veut à mort. Le jeune pompier est tenaillé par les regrets de ne pas avoir été capable de soutenir son meilleur pote dans ce moment délicat, de ne pas avoir su lui rester proche ; mais aussi par les remords de ce qu’il a laissé s’immiscer dans leur amitié, et qui a fini par en miner les fondements. Thibault avait tant rêvé d'avoir un avenir dans le rugby professionnel ; mais il n'aurait jamais imaginé que le prix à payer ce serait de blesser son pote de toujours. Pourtant, au fond de lui, il sait bien que si son recrutement au Stade Toulousain a joué un rôle, d'autres raisons sont à la base de l'éloignement de son pote. Et dans ces raisons, il a le sentiment d'être le seul fautif. En roulant vers les ...
... urgences de l’hôpital de Purpan, les yeux embués de larmes, il repense à la dernière fois que son pote est passé chez lui, dix jours plus tôt ; il repense à sa détresse, à ses idées noires ; et il repense à cette faiblesse, sa propre faiblesse, à cette maudite erreur qui a définitivement éloigné son pote de lui. Oui, au petit matin de ce dernier dimanche d’août, Thibault a le cœur lourd, très lourd… 10 jours plus tôt, le mercredi 15 août 2001, 23h49, chez Thibault. En mode « torse nu et boxer », en attendant la fraîcheur de la nuit pour se décider à aller au lit, le bomécano est installé devant la télé, sur le clic clac du salon : ce clic clac qu’il n’a pas fermé, même si depuis plusieurs nuits son pote a découché. Lorsqu’il entend la porte s’ouvrir, et qu’il voit son pote débarquer, Thibault est soulagé. Et heureux. Depuis presque une semaine, il n’a presque pas eu de ses nouvelles : et il commençait à s’inquiéter. Depuis presque une semaine, il n’a pas vu son pote : et il commençait à lui manquer. « Alors, c’était bien Paris ? » il l’interroge. « Je n’ai pas été à Paris… ». « Mais tu m’as pas dit que… ». « Je n’y ai pas été… » le coupe sèchement son Jéjé. Thibault n’était pas vraiment étonné de cela : il avait de suite trouvé bien bizarre ce départ précipité pour Paris, à la veille d’un week-end, départ dont il lui avait parlé uniquement par le biais de quelques sms très secs. Tout comme, très secs, lui paraissent à présent les mots et le ton ...