1. [Sci-fi] Fièvre rose (1)


    Datte: 10/06/2021, Catégories: Divers, Auteur: Narcisseique

    ... songe qui s’est brutalement terminé.
    
    Portant la main au centre de mon ventre, j’ai un nouveau frisson. Je n’ai pas de nombril. Je reste d’abord pétrifié(e), incapable de penser. Puis, je me souviens.
    
    *
    
    L’hôtesse d’accueil fait vibrer les cordes de la chemise cartonnée rose qu’elle referme, satisfaite, puis les pose sur l’étagère qui se trouve derrière elle. Elle est magnifique. Je rougis et détourne le regard de ses fesses regardées avec envie. L’hôtesse disparaît dans le long couloir derrière elle. Je me prends la tête entre les mains. Je ne me supporte plus.
    
    Je souffre depuis toujours d’un drôle de symptôme que je n’avoue à personne. Je souffre d’amour. C’est tout con : je tombe amoureux de tout le monde, mais le pire dans tout cela c’est que je suis incapable de communiquer mes sentiments. Je panique. Je mets de la distance. Je souris et je m’enfuis. Ça y est, cela recommence. Je vois l’hôtesse sur le bureau. Moi qui soulève sa petite culotte et mets la main au panier. Elle qui jouit. Moi qui lui prends les seins et puis l’embrasse. Cela commence toujours comme cela.
    
    Retiens-toi. Retiens-toi. Je retire ma main du dossier du fauteuil auquel je me cramponne nerveusement depuis tout à l’heure. Ma main tremble. J’observe ses lignes. Je la maudis. Puis, je craque. Je ferme les yeux. L’hôtesse me surprend. Je souris et je m’enfuis.
    
    Franchissant le hall, non sans avoir manqué de peu de me prendre ...
    ... en pleine face les portes à ouverture automatique du cabinet, je cours me réfugier jusqu’à une ruelle sombre et étroite où je peux me cacher et me recroqueviller en tailleur entre deux poubelles. Je m’affale, le souffle coupé. Je fonds en larmes. Ce n’est pas seulement une pulsion sexuelle subite. Cette hôtesse, je l’aime. Je veux vivre ma vie avec elle, avoir des enfants, adopter un chien et nous acheter une maison à la campagne, nous marier, et d’autres niaiseries. Je gâche tout. La tension sexuelle est trop forte et je cède à tout les coups.
    
    Je pousse un cri de surprise.
    
    — Ça suffit maintenant ! Je me suis tapé tout votre dossier alors maintenant vous allez me suivre jusqu’au cabinet et passer votre entretien avec Madame, le docteur Camille !
    
    L’hôtesse saisit fermement mon bras et me traîne jusqu’au cabinet de Camille. Je me laisse faire et la suis en titubant. Je me sens infantilisé(e) et humilié(e). D’un autre côté, je suis soulagé(e) et je reprends mes esprits. Je fixe l’hôtesse qui me ramène au cabinet médical d’où je me suis enfui. Elle me jette un regard assassin et je détourne le regard, penaud (e). Je lève les yeux au ciel. Le ciel est gris comme toujours, mais je parie que derrière, le soleil brille. Plusieurs années en arrière, il aurait sûrement "fait beau temps". Les grattes- ciels ne suffisent pas à crever l’épaisse couche de nuages d’impuretés. Je soupire. Les portes s’ouvrent à nouveau. 
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