1. Brodsky's Family


    Datte: 08/04/2021, Catégories: nonéro, délire, Humour fantastiqu, revebebe, Auteur: Brodsky

    Je déteste Halloween. Cette fête introduite en douce en France par la CIA afin de relancer la conquête culturelle des Étasuniens m’a toujours horripilé. J’ai deux enfants, qui sont grands maintenant, et auxquels j’ai toujours interdit de racketter les vieux comme Jakin le soir de cette fête idiote. Un soir, ce sont mes neveux eux mêmes qui ont eux le culot de sonner à ma porte.
    
    — Des bonbons, tonton… ou une malédiction !
    
    Je leur ai refilé des chocolats périmés mélangés à des bonbons au poivre et quelques dragées Fuca. Ils ne sont pas revenus, ces sales gniards.
    
    Nom de Zeus ! Le 1er novembre, c’est la fête des morts et des marchands de chrysanthèmes qui squattent les abords des cimetières. C’est pas que je sois fan du machin, mais c’est la tradition. On prend une mine austère, on s’habille en noir, et on emmène les enfants sur les tombes de leurs trisaïeux dont on ne se souvient même plus du nom, mais qui sont enterrés là… ou pas loin… et on se recueille un instant devant leur tombe… ou pas loin.
    
    Les mômes, ça les emmerde grave. Et c’est ça qui est génial… Ah-ah… Le 1er novembre est le seul jour férié où ces petits crétins préféreraient aller en classe !
    
    Mais bon, ces petits plaisirs disparaissent bien vite ; les enfants grandissant, et pervertis par le mercantilisme ricain, se mettent à leur tour à poser des masques de citrouille sur leur tronche… Faut les voir, tous ces débiles, jeunes et moins jeunes, déguisés en cadavre ou autre créature lovecraftienne. ...
    ... Et ma voisine… Non mais, quelle conne, celle-là ! Je la croise, maquillée en vampire balafré.
    
    — Ben, qu’est-ce qui vous arrive ?
    — C’est Halloween, Monsieur Brodsky, alors je me suis maquillée pour faire peur aux gens.
    — C’est raté.
    — Je vous fais pas peur comme ça ?
    — Ben non. En tout cas, beaucoup moins que sans maquillage…
    — Connard !
    — Hé-hé…
    
    Bref, ce soir donc, ma chérie débarque chez moi avec Zébuline et Zébulon, ses deux adorables bubons ; euh… poupons. Je me délecte déjà à l’idée de les emmener demain au cimetière, sur la tombe d’oncle Adolphe, dont mon arrière-grand-père déjà n’était pas très sûr qu’il appartenait à notre famille, mais qui était le seul à l’époque à avoir son portrait sur la pierre tombale, comme un grand bourgeois de l’époque, et que ça en jetait de se recueillir devant lui plutôt que devant la fosse commune « où qu’on avait foutu mémère pour la punir de ne rien avoir laissé à personne en héritage ».
    
    Il a une vraie bonne sale gueule, l’oncle Adolphe, sur la photo. D’ailleurs, il ne s’appelle pas Adolphe non plus, et on ne sait pas comment il s’appelle, vu que le nom est effacé depuis des lustres, mais il arbore fièrement la moustache de l’Autre Adolphe, celui qu’on a retrouvé cramé dans son bunker en 1945. La moustache de blaireau, la petite mèche d’enfoiré… Putain, se recueillir devant ce mec, c’est trop de la balle, je vous dis ! Le regard que vous lancent les autres, les jaloux qui n’ont pas réussi à se dégoter un ancêtre aussi ...
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