1. Pas de seconde chance


    Datte: 13/01/2021, Catégories: f, fh, inconnu, campagne, froid, douche, amour, Masturbation entreseins, nopéné, occasion, Auteur: Olaf

    Certaines femmes, quand elles sont dévastées, se transforment en flaque de chagrin. C’est leur manière de faire naître le minimum de compassion dont elles ont besoin pour passer un cap difficile. D’autres, plus fières, ou plus endurcies, se figent dans la douleur et cachent la lutte qu’elles mènent contre l’adversité derrière un paraître impénétrable.
    
    Lorsque Véronique s’assied dans mon taxi, le mélange entre sa troublante beauté et les ravages d’une nuit d’insomnie lui donne un air demater dolorosa (1), sans aucun rapport avec son apparence de jeune citadine branchée qu’elle semble être en temps normal.
    
    Elle précise sa destination d’une voix lasse. J’essaie quelques phrases anodines, histoire de détendre l’atmosphère. Peine perdue, elle ne sort plus de sa bulle jusqu’à notre arrivée.
    
    Je me gare en double file et attends une réaction de sa part avant d’annoncer le prix de la course. Elle reste prostrée. Je découvre alors à quoi correspond l’endroit où nous nous trouvons. C’est une clinique privée, d’où les femmes enceintes ressortent le ventre cruellement vide.
    
    Je n’ai jamais partagé la vie d’une compagne face à un tel choix. En tant que mec, il m’est d’ailleurs impossible d’imaginer le dixième de ce que cela peut signifier. Je ne peux toutefois m’empêcher d’ouvrir ma grande gueule.
    
    — La vie ne vous laisse aucune autre solution ?
    — Le mot vie est particulièrement cynique à l’instant !
    — Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous blesser, c’est juste que…
    — N’importe quel mot m’écorcherait de toute façon. Mais finissez votre phrase. Au point où j’en suis, si un miracle doit se produire, pourquoi pas de la bouche d’un chauffeur de taxi.
    
    Qui suis-je pour engager ainsi la conversation avec cette fille, dans cet endroit, à ce moment ? Je ne peux qu’aggraver la situation. Je m’entends pourtant proférer un truc invraisemblable alors que les premiers coups de klaxon retentissent derrière nous.
    
    — Vous avez l’air d’être complètement paumée et assez seule. De mon côté, je suis complètement seul et assez paumé. On a peut-être des trucs à se dire. Donc… si vous avez la moindre possibilité de retarder ce rendez-vous, ne serait-ce que d’une journée, je voudrais passer les prochaines vingt-quatre heures avec vous.
    — Impossible ! C’est maintenant que j’ai assez de force, ou de désespoir ! Dans dix minutes, je n’y arriverai déjà plus.
    — Même avec une âme sœur à vos côtés ?
    — C’est insensé, pourquoi feriez-vous ça ? À moins que vous soyez un de ces fous de Dieu, à qui la foi dicte ce que JE devrais faire ! Et moi, comme une conne, je prends la douceur de votre regard pour une planche de salut. Dites-moi combien je vous dois et foutez-moi la paix.
    — Deux cents cinquante euros.
    — C’est pas ce qui est indiqué sur le compteur.
    — C’est ce que me coûtera la biture dont je vais avoir besoin pour me remettre.
    — Pour qui vous prenez-vous ?
    — J’ai pas envie de vous voir sortir de mon taxi. Pas envie de vous voir vous éloigner. Je ne sais pas ...
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