1. L'instant suspendu


    Datte: 30/09/2020, Catégories: ff, Collègues / Travail taille, intermast, Oral coupfoudr, fplusag, Lesbienne Auteur: Isilwen

    Ce texte est déjà paru sur ce site en mars 2006. Retiré un temps à ma demande, je vous le présente à nouveau.
    
    Quand je l’ai vue pour la première fois, j’ai senti une boule en moi. Dans ma gorge d’abord, intimidée, puis dans mon ventre, séduite. Un délicieux frisson de désir que je n’avais que trop peu ressenti ces deniers temps.
    
    Septembre. Me voilà devant le portail du lycée. Ça me rappelle mon entrée en sixième. Mais je n’ai plus ni anorak, ni cartable sur le dos. Chemisier, tailleur pantalon, serviette en cuir à la main, je ne suis plus élève, mais professeur.
    
    J’ai 24 ans, c’est mon premier poste. En salle des profs, je suis mal à l’aise, la sensation « d’avoir basculé du côté obscur de la force »…
    
    Ils se connaissent tous. La directrice me présente, les noms et spécialités se succèdent, je n’en retiens aucun. Je cherche une contenance, en me préparant une tasse de thé. Presque sur moi, la porte s’ouvre, et dans un tourbillon apparaît une femme… Grande, très grande.
    
    Je mesure un mètre quatre-vingts, mais elle me dépasse d’une bonne tête. Étrangement, je me sens déjà moins seule.
    
    Elle a failli me bousculer avec la porte et elle s’en excuse brièvement, avant de se lancer dans la salle. Mais elle suspend sa course, et se retourne tout aussi brusquement :
    
    — On ne se connaît pas, il me semble ?
    — Non, en effet, je suis le nouveau prof de communication ; Sophia, dis-je en lui tendant la main, qu’elle serre avec vigueur
    — Iris, prof de com’ et d’art plastiques. On va bosser ensemble. C’est votre premier poste, j’imagine ?
    
    Je souris. Elle est la première à me vouvoyer sur l’ensemble des profs. J’ai beau être jeune, je ne tutoie pas les inconnus et j’entends bien qu’on fasse de même à mon égard.
    
    La bouilloire s’arrête, et elle se fait aussi un thé, m’invite à m’asseoir pour discuter.
    
    Vite, très vite, tout semble aller à une vitesse folle. Certainement grâce à ses grandes jambes.
    
    Elle m’informe des cas difficiles des classes dont j’ai la charge, adolescents boutonneux aux prises avec leurs crises, leurs mobiles et leurs parents, forcément trop sévères. L’enseignement dans le technique n’est pas le plus facile.
    
    — Tant mieux, je n’aime pas la facilité !
    
    Elle me regarde. Je me sens petite et peut-être un peu trop sûre de moi d’un coup. Mais je vois les commissures de ses lèvres s’étirer et la voilà qui m’offre le plus beau sourire que l’on m’ait jamais adressé :
    
    — Je sens qu’on va bien s’entendre !
    
    Et d’ouvrir ce qui sera une amitié avec un rire tonitruant. Elle me fait frémir, elle me séduit. J’aime son rire, qui, comme elle, se cogne partout, trop grand pour un monde si petit.
    
    La sonnerie annonce le début des cours. Nous sommes au même étage et elle me guide au travers des méandres des couloirs jusqu’à ma salle.
    
    La main sur la poignée, j’ai le cœur qui bat vite, mon premier cours, mes premiers élèves.
    
    — Sophia ?
    — Oui ?
    — T’inquiète pas, ça va aller.
    
    Aux mots elle joint sa main sur ma joue, ...
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