1. Corps Monde


    Datte: 01/11/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #initiatique, #confession, #personnages, #domination, #lieudeloisir, Auteur: majaas, Source: Revebebe

    ... C’était un constat.
    
    Et ça, c’est rare.
    
    *
    
    Je suis retournée jusqu’à la mer. Mes pieds ont effacé mes propres pas.
    
    Je me suis rincée. L’eau a glissé entre mes cuisses comme une langue plus vaste que la sienne. Elle ne lave pas. Elle souligne. Elle confirme. Je l’ai regardé, de loin. Toujours à demi enterré. Visage vers le ciel. L’air battait doucement sur ses tempes. J’ai pensé à une pierre tombale retournée, pour célébrer ce qui a été livré.
    
    Je me suis rhabillée, comme on revêt un rôle qu’on connaît par cœur. Puis j’ai quitté la plage. Un monde qui reprend son axe.
    
    Je n’ai pas ouvert les yeux tout de suite.
    
    Je sentais encore sa chaleur dans ma bouche, comme un souffle épais qu’on n’ose pas recracher. Il n’y avait pas de goût. Il n’y avait pas de sexe. Il y avait « elle ». En moi. Un endroit que je ne connaissais pas, mais qui m’appartenait déjà.
    
    Quand j’ai enfin cligné des paupières, le ciel n’avait pas changé. Le sable autour vibrait à peine, mais moi, je tenais différemment. Je n’étais ni faible ni dominé, j’étais modelé. Sculpté pour porter. Recevoir.
    
    Je me suis souvenu de ses jambes mouillées. Du tissu recollé contre ses lèvres. Du moment précis où elle s’est tournée, pour me laisser avec ce qu’elle avait donné.
    
    Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas ri. J’ai simplement bougé un doigt, lentement. Le sable a résisté. C’était bien. Le poids, encore là. Son poids. Le mien.
    
    Je suis resté encore longtemps. Assez pour que les marques de ses pieds ...
    ... disparaissent. Pas leur goût dans ma bouche.
    
    Le métro grince. Les gens parlent. Ma chemise est propre, mon portable chargé, mon badge accroché. Tout va bien.
    
    Je ne me suis pas lavé le visage ce matin. Pas entièrement. J’ai laissé un peu de sel dans les sourcils, comme une preuve inutile. J’ai failli me raser. Puis non. Je ne suis pas censé me lisser après ça.
    
    Depuis la plage, tout ce que je touche me semble trop léger. Les poignées de porte. Les fourchettes. Le cuir du siège au bureau. Rien ne pèse comme elle.
    
    Même l’air me paraît en plastique.
    
    J’ai revu mes collègues. Mon reflet dans une vitrine. Personne ne remarque. Bien sûr. Il faudrait s’agenouiller pour savoir ce que je suis devenu.
    
    Hier, j’étais un torse sous ses pieds. Aujourd’hui, je suis un corps en trop dans une ville trop vide.
    
    Ce n’est pas de la tristesse… C’est autre chose.
    
    Je suis porteur d’un événement intime. D’un passage. D’une offrande qu’on ne nomme pas. Je suis l’homme qui a servi d’autel à une femme debout. Et ça… ça ne partira plus.
    
    Elle n’a pas écrit.
    
    Pas de message.
    
    Pas de signe.
    
    Mais ce matin, dans ma boîte aux lettres, entre une facture EDF et un flyer de sushis, une enveloppe. Anonyme. Ivoire. Fermée par un trombone. Pas un mot dessus.
    
    À l’intérieur, un petit sachet en plastique. Transparent.
    
    Du sable.
    
    Pas blanc. Pas décoratif. Du vrai. Rugueux. Un peu humide encore. Et au milieu : une chose minuscule. Un poil brun. Bouclé. Son pubis, peut-être. Peut-être pas. ...