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Corps Monde
Datte: 01/11/2026, Catégories: #poésie, #réflexion, #psychologie, #érotisme, #initiatique, #confession, #personnages, #domination, #lieudeloisir, Auteur: majaas, Source: Revebebe
Mes pieds d’abord, oui. Mais très vite mes jambes, mes cuisses, mon ventre. La mer ne me touche pas, elle prend note. Elle recouvre. Elle juge la température de mon calme. Lui, il était déjà là, en train de m’attendre. Allongé, partiellement enterré, visage vers le ciel, yeux mi-clos. Il avait creusé, comme demandé. Pas trop profond. Juste assez pour qu’il ne bouge plus sans moi. Je suis sortie de l’eau. Gouttes sur le nombril, cheveux collés au front. Et je l’ai observé, comme la mer regarde un rivage : avec certitude. Je me suis approchée. Sa poitrine se gonflait, se rétractait, créant des rides sèches dans le sable la recouvrant. Je suis montée dessus. Il n’a pas bronché. Mes pieds sur lui. Trempée. Je me suis mise à parler. Pas de lui. Pas de moi. De ce qu’il y a entre. Ce lieu où le corps devient terrain et l’obsession carte. — Tu regardes mes pieds parce qu’ils sont en bas. C’est une erreur. Tout mon être est un en dessous. Chaque parcelle. Ma clavicule est une marche. Mon ventre, une frontière. Mes omoplates ? Deux poignées. Tu veux me porter ? Alors, porte tout… Pas juste ce que tu désires. Ce que tu ignores aussi. Je me suis retournée et j’ai posé mes fesses sur son entrecuisse, jambes fléchies, plante sur sa cage thoracique. Un trône improvisé. Je sentais son souffle changer de rythme sur mes orteils. Sous moi, il commençait à vivre. Moi, j’ai simplement laissé le monde me sécher, et je me suis relevée. Il était là. Immobile. Les lèvres ...
... entrouvertes. Les joues pleines de lumière. Je me suis accroupie. Mon maillot ruisselait, fine barrière inutile. Mes mains sur ses épaules. Mes cuisses sur ses tempes. Ses yeux étaient grand ouverts, mais pas sur mon visage. Sur le centre. J’ai légèrement écarté, et ai avancé. Juste assez. Tissu tiré. Odeur salée, tiède, frottée de mer. Sa langue a frôlé ma lèvre inférieure. Un seul contact. Un seul. Et là, j’ai vu sa fonction basculer. Je n’étais plus une femme. J’étais l’endroit où il voulait dormir. Où il voulait s’effacer. Il ne léchait pas. Il soumettait sa bouche à un serment. J’ai fermé les yeux et ai pensé :« Même là, même ici, je suis l’eau, et lui le sable. » Je suis restée là, par lucidité, quelques secondes de trop. Il me léchait comme on rature un souvenir. Sa langue ne cherchait pas le plaisir, mais la forme. Ce que j’étais avant qu’il arrive. Ce que je suis pendant qu’il se perd. Ce que je deviendrai quand je repartirai. Puis, enfin, je me suis redressée. Pas d’un coup. Lentement. En silence. Ses yeux restaient accrochés à moi. J’ai tiré le tissu, doucement, pour couvrir. Pour clore. Comme on referme un livre précieux avant que le soleil ne l’abîme. J’ai levé un pied, l’ai reposé plus loin, sur le sable humide. Il ne bougeait pas. Bien sûr qu’il ne bougeait pas. J’ai passé un doigt mouillé sur son front. Là, juste là. Entre les sourcils. — Tu as reçu. Tu n’as pas pris. Je l’ai dit sans forcer. Ce n’était pas une remarque. ...