-
Usure du temps
Datte: 05/10/2026, Catégories: f, h, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
... sans doute ai-je tout autant de torts que toi. Et c’est vrai que la séance du samedi soir, celle où ta main dans la mienne nous allions voir un film, il y a si longtemps que le rideau est tombé dessus. Bien sûr que j’ai encore parfois peur pour toi. Mais la tendresse la plus pure ne remplacera jamais un amour. Et avachi dans ton bien-être égoïste, où est ton grand amour ? Que sommes-nous devenus ? Deux êtres qui vivent l’un près de l’autre, sans plus se regarder ! Deux personnes qui ne se reconnaissent plus dans le tourbillon d’une existence qui n’a plus de sens. La vie commune… elle nous fane, effaçant sans faire de bruit, comme à tâtons les plus jolies pages de ce qui nous a réunis. Sur tes lèvres un sourire, une de ces risettes, mon Jean, qui me chavirait… avant. Et là, ce n’est plus que l’objet de mon envie de fiche le camp, le plus rapidement possible. Oui ! Qu’y a-t-il de si solide qui peut encore me retenir ? Je ne trouve rien de sympa pour y faire face. Si ta bouille s’éclaire de je ne sais quelle pensée, la mienne se referme sur mes désillusions. Le plaid est tombé et je ne me sens pas le courage de le ramasser. Où es-tu ? Dans quel paradis artificiel vogue ton âme endormie ? Si tu souris aux anges, de mon côté je vis mal l’instant présent. Il suffirait de presque rien, d’un mot, d’un regard, que tu t’éveilles et que tu me lances quelques belles paroles gentiment, pour que je me sente vivante. Mais là, statue de sel qui suit ...
... la montée monotone de ton torse et sa descente non moins triste, je suis perdue. Oui… un regard, ta bouche pour balbutier un semblant de « viens » ou de « je t’aime encore » pourrait-il apaiser ce malaise profond qui me crucifie devant ce corps qui n’est plus tout à fait toi ? Jean… qu’avons-nous fait de nos promesses ? De ces espérances de faire tout le chemin ensemble ? Tu dors et je me morfonds. Je ne me sens pas le courage de faire ce pas qui… nous sauverait. Non ! Tout lasse, tout passe ! Elle résonne dans ma tête, cette chanson ! J’ai froid, malgré la chaleur extérieure. Oui ! Fourbue ? C’est pire que cela, je suis morte sans doute de ne plus être ton aimée. Jean… qui dort, qui envoie des risettes à je ne sais qui dans des songes où je n’ai plus ma place ! Jean… ma main cramponne le montant de l’encadrement de la porte. Là, sous ma chevelure blanchissante, tu parais heureux. Mais tu m’as oubliée, je ne suis plus que cette femme qui vit là, à tes côtés, celle que tu ne vois plus du tout. Jean… mes yeux cherchent encore une miette, une parcelle d’un amour qui pourrait rallumer la flamme. Mais tu ne sors pas de ta torpeur… alors je lâche mon soutien et reflue vers ce qui fut longtemps une chambre d’amour. Là… sans bruit, le cœur lourd, sans vraiment encore respirer… je sors une valise où j’entasse de quoi quitter ce qui n’est plus un nid… mais juste un dortoir. Léo Ferré : Avec le temps https://www.youtube.com/watch?v=ZH7dG0qyzyg