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Imbroglio
Datte: 29/09/2026, Catégories: #policier, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... une cinquantaine de mètres dans leur pick-up. Ils n’avaient même pas envisagé que nous puissions sortir à pied par-derrière. Ces deux abrutis se contentaient de surveiller l’entrée de l’hôtel et notre voiture. Étaient-ils seulement des leurres pour masquer l’arrivée d’une équipe plus puissante et surtout moins voyante ? Nelle avait répondu à ce sujet au petit-déjeuner : — Si on fait disparaître les leurres, la réalité apparaîtra. Je ne pouvais qu’acquiescer à cette affirmation, pendant que Renata l’observait, légèrement horrifiée, en buvant son thé. Tous ces morts commençaient à lui peser. On s’habitue à l’accumulation de cadavres divers et variés. C’était bien entendu le cas pour Nelle et moi, mais pas encore pour Renata. Nous avons quitté Honfleur à bord d’un utilitaire que nous avait prêté un employé de l’hôtel contre quelques petits billets. Nous avons trouvé l’endroit idéal pour la réalisation de notre plan du côté de Genneville, au milieu du bocage, des vaches normandes et des vergers de pommiers du pays d’Auge. La route était minuscule et montait sérieusement entre les haies. Nous avions trouvé, dans une ferme à une dizaine de kilomètres de là, un vieux tracteur, à un prix exorbitant, vu que le moteur fuyait de partout. Nelle monta sur le tracteur, et le fermier vendeur se moqua ouvertement des citadins, deux femmes en plus, qui achetaient ce genre de saloperie, bonne pour la casse. Notre plan se mettait en place. Deux heures plus tard, Renata et moi nous ...
... installions dans un restaurant, à la table jouxtant celle de nos deux amis. Celui qui voulait écraser ma tête entre ses mains, Moussa, me jeta un regard furieux. L’autre, Bakary, avait l’air bien plus calme et bien plus dangereux. Assise sur son tracteur, à une dizaine de kilomètres de là, Nelle attendait en lisant Métaphysique des Mœurs de Kant. C’était, je le supposais, le fusil d’assaut posé sur ses genoux qui devait soutenir le livre. Nos deux géants faisaient sensation dans le petit restaurant, surtout auprès du patron qui devait angoisser pour ses chaises. Je demandais à ce qu’on leur serve un Calvados du Pays d’Auge. Ils prirent certainement ça pour une demande de trêve temporaire, puisqu’ils me remercièrent avec courtoisie. Renata me demanda d’où je tenais mon sang-froid. — Il m’est égal de mourir. Eux aussi, ça doit nous rapprocher, je suppose, je lui répondis en invitant de la main les deux affreux à venir à notre table. Ils acceptèrent et s’installèrent de chaque côté de Renata en lui disant qu’elle n’avait aucune raison d’avoir peur. Pour le moment, ajouta Bakary. À leur façon d’accepter cette petite trêve, ils étaient presque gentils. Pour un peu, j’aurais eu presque de la peine pour eux. — Pourquoi vous n’abandonnez pas et où est votre amie ? demanda Bakary dans un allemand particulièrement mauvais. Il semblait bien être le patron du tandem. — Notre amie a justement abandonné, mais nous, il n’y a aucune raison. — Monsieur Meier adore torturer. ...