-
La légende de Montclair - Partie 3
Datte: 02/09/2026, Catégories: A dormir debout, Auteur: CDuvert, Source: Hds
... le tressaillement d’Isabelle, ce frisson qui a parcouru son corps à la vue du château. Isabelle ne répond pas. Ses lèvres se serrent, et elle baisse les yeux, feignant de se concentrer sur la route. Mais Alysande voit bien que quelque chose la trouble profondément. Un secret. Une peur ancienne. Elle n’insiste pas pour l’instant, mais une tension nouvelle s’installe entre elles. Ils entrent dans la ville, traversant des rues grouillantes de marchands, de paysans et de soldats en armure. Étienne trouve une place pour garer le chariot près d’un marché et propose de chercher une auberge pour la nuit. Après avoir vendu quelques étoffes, ils s’installent dans un établissement modeste mais chaleureux, à l’odeur de pain frais et de bière rance. Les trois compagnons s’assoient à une table dans un coin sombre, espérant passer inaperçus parmi les clients bruyants. Isabelle reste silencieuse, la tête baissée, ses longs cheveux noirs tombant comme un rideau devant son visage. Elle semble vouloir se fondre dans l’ombre, évitant tout regard. Alysande l’observe, de plus en plus inquiète. Étienne, occupé à discuter du prix des chambres avec un serveur, ne remarque rien pour l’instant. Soudain, l’aubergiste, un homme corpulent à la moustache broussailleuse, s’approche de leur table avec un pichet de vin. Il pose les yeux sur Isabelle et s’arrête net, son expression passant de la curiosité à la stupéfaction. Il se penche légèrement, plissant les yeux comme pour mieux voir à travers ...
... l’ombre de ses cheveux. « Maîtresse », dit-il d’une voix tremblante, « vous n’êtes donc pas morte ?! » Isabelle relève la tête d’un coup, ses yeux écarquillés de terreur. Son visage blêmit davantage, si c’est possible. Sans un mot, elle bondit de sa chaise, renversant presque le pichet. Elle attrape la main d’Alysande et l’entraîne vers la sortie, ignorant les regards curieux des autres clients. « Viens ! » souffle-t-elle, sa voix rauque de panique. Alysande, surprise, se laisse tirer hors de l’auberge. Elles dévalent la rue pavée, zigzaguant entre les passants et les charrettes. Derrière elles, Étienne, alerté par le tumulte, abandonne ses négociations et se lance à leur poursuite, criant leurs noms. Mais Isabelle ne s’arrête pas. Elle court, traînant Alysande dans une ruelle étroite, jusqu’à ce qu’elles s’effondrent contre un mur, hors d’haleine. « Isabelle, qu’est-ce qui se passe ? » demande Alysande, reprenant son souffle. « Qui était cet homme ? Pourquoi t’a-t-il appelée ainsi ? » Isabelle, le visage baigné de sueur, ferme les yeux un instant. Ses mains tremblent. « Je... je ne peux pas t’expliquer maintenant », murmure-t-elle. « Mais nous devons quitter cette ville. Tout de suite. Si on me reconnaît, si on sait que je suis vivante... » Elle n’achève pas sa phrase, mais la peur dans ses yeux parle pour elle. Alysande sent son cœur se serrer. Ce passé qu’Isabelle a tenté de fuir, ce passé de dame de compagnie auprès de la comtesse de Montclair, semble la ...