1. Pale blue eyes


    Datte: 27/08/2026, Catégories: #biographie, #historique, #roadmovie, #coupdefoudre, Auteur: Amateur de Blues, Source: Revebebe

    ... voisin. Je fournis des pilules de toutes les couleurs alors ils me tolèrent sans faire trop attention à moi. Ce matin-là, ou le soir ou la nuit, j’attends mon homme* près du grand rideau à l’entrée. Il doit me ravitailler en LSD en direct du labo. Mais ce n’est pas lui qui se pointe finalement, c’est l’amour de ma vie, le début et la fin de mon histoire.
    
    La voilà qui vient,
    
    Tu ferais mieux de surveiller tes pas,
    
    Elle va te briser le cœur en deux,
    
    C’est vrai*.
    
    Turquoise est une très jeune femme, encore une adolescente et la première chose qu’on remarque, ce sont ses grands yeux qui mangent son visage, des yeux bleu pâle* et inquiets. Ensuite, on voit son corps tout neuf sous des vêtements de campagnarde, une robe à fleurs par-dessus un gros pull et des collants de laine, jaunes. Finalement, on revient à son visage, jolie sans être belle, une petite bouche aux lèvres minces comme un trait dans un museau de belette.
    
    Je me précipite vers elle, le cœur battant parce que je pressens qu’elle est toute neuve, qu’elle n’a pas encore succombé au charme des musicos, qu’elle est ma chance d’accéder au paradis, moi qui végète dans l’ombre, satellite de l’amour* comme un rat dans la cale du navire. Turquoise arrive du Minnesota ou du Wyoming, je ne sais plus, en tout cas de Bouseuxland, et on lui a dit que l’avant-garde intellectuelle de Big Apple se tenait dans ce hangar. Elle a lu des poèmes de Patty et un article sur les boîtes de soupe dans un magazine. C’est vrai ...
    ... que je ne vous ai pas parlé de Patty, il passe tellement de monde ici. C’est une espèce de grand cheval complètement allumé, mais, quand elle déclame du Rimbaud, même si c’est du français, tu as les poils qui se dressent sur les avant-bras.
    
    Turquoise veut voir toute cette avant-garde en vrai, elle veut marcher du côté sauvage*, mais elle a un peu peur de ne pas être à la hauteur. Oh non, elle n’est pas à la hauteur, ça ne fait pas un pli. Pourtant, je la rassure et je lui propose la visite guidée. Je lui glisse aussi un petit comprimé rose sur le bout de sa petite langue et je lui certifie qu’elle se sentira mieux dans un instant. « Si je pouvais rendre le monde aussi pur et aussi étrange que ce que je vois, je te mettrais dans le miroir * », je dis. Ce n’est pas de moi, c’est de Louis, mais je me garde bien de le lui dire.
    
    Elle ne s’appelle pas Turquoise, bien sûr, mais Hildur ou un autre prénom nordique du même acabit, celui de sa grand-mère qui arrivait en droite ligne d’un pays froid. Je préfère Turquoise, je préfère ses grands yeux naïfs à tout ce que j’ai déjà vu dans l’existence et elle est d’accord. Elle a besoin d’un nom de scène, de toute façon. Je lui présente toute la troupe. Elle reste interdite et muette, affreusement timide malgré la pilule rose, délicieusement attirante si vous voulez mon point de vue. « Bébé, tu me rends juste dingue* », je pense, mais j’arrive à ne pas le dire.
    
    C’est le moment que choisit Moe pour commencer à cogner sur sa grosse ...
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