1. La genèse


    Datte: 24/08/2026, Catégories: Humour Auteur: Coutumier du Fait, Source: Revebebe

    ... avait surnommé «tour de contrôle» ‒ dans la cour, quand il nous surveillait pendant les récrés, on aurait dit un suricate en mode guetteur ‒, a pointé un index accusateur dans ma direction.
    
    — Viens ici avec ton carnet de correspondance.
    — Mais j’ai rien fait !
    — Justement, c’est pas normal.
    
    Sur le carnet de correspondance, il a noté « Exceptionnellement, se tient bien en salle d’études » et il m’a demandé de le faire signer par mes parents.
    
    Des malades…
    
    (Mes carnets de correspondance, je les ai conservés comme des trophées pendant des années. Sans me vanter, je crois que, c’étaient les plus remplis du collège, toutes classes confondues. Ce qu’ils n’ont jamais su tous ces gros nazes, c’est que la signature de ma mère n’était pas difficile à imiter. Quant à celle de mon père, comme il était toujours bourré, c’était encore plus facile : il signait sans lire.)
    
    Onze ans
    
    Rien. Enfin, rien d’intéressant.
    
    (Si ma mémoire est bonne, j’avais un peu le cul entre deux chaises : je crois que c’est cette année-là que la complémentarité homme-femme a commencé à se substituer à l’opposition garçon-fille.)
    
    Douze ans
    
    J’avais dégoté une vieille bombe de peinture à la cave. Je m’en suis servi pour taguer un « Je t’aime à celle qui le lira » sur un des murs de la gare. ...
    ... J’étais fier comme un coq d’avoir trouvé ça tout seul.
    
    (D’accord, c’était complètement con, mais, vu l’âge que j’avais, je peux plaider l’excuse de minorité, hein ?)
    
    Treize ans
    
    Qu’est-ce qu’elle était belle, ma prof d’anglais ! En plus, elle avait une de ces voix… C’est simple, quand elle parlait, j’étais dans un état second. Avec elle, contrairement à mon habitude, je me tenais bien en classe. Un vrai fayot !
    
    (Cette prof ne saura jamais combien de fois elle est passée à la casserole. Oui, bien sûr, dans un monde imaginaire. Mais avec une main droite bien réelle.)
    
    Quatorze ans
    
    Un jour, Marie, une copine de ma mère, est passée à la maison alors que ma mère n’était pas là. Je l’aimais bien, Marie, elle était toujours gentille avec moi. Elle m’a regardé en souriant et elle m’a dit que j’avais drôlement grandi, que j’étais presque un homme maintenant. Ensuite elle m’a demandé si je voulais savoir pourquoi elle m’appelait tout le temps « Ma petite gueule d’amour ». Curieux comme je l’étais, je lui ai répondu « oui » sans réfléchir. Eh ben, j’ai vachement bien fait de ne pas réfléchir. On est allés chez elle et, le lendemain, je ne te dis pas comment je frimais grave devant tous les puceaux de ma classe !
    
    Après
    
    Bah, après j’étais grand…
    
    2024, Coutumier du Fait 
«123»