1. Entre deux feux (1/3)


    Datte: 24/07/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Pessac, Source: Hds

    L’averse avait nettoyé les rues. Une drache subite et relativement brève, de grosses gouttes qui avaient lessivé le sol, évacué vers les égouts les traces hydrocarbures, les particules fines, les résidus de gommes pneumatiques de la rue. L’atmosphère s’en trouva assainie.
    
    Juste en face de la terrasse du café, le parc Delamont. Lana huma l’odeur de la terre mouillée et de l’herbe qui s’est abreuvée. Nul doute que cette ondée fera reverdir les herbages passablement jaunis par la sécheresse et redonnera vigueur aux plantes avachies.
    
    La jeune fille finit d’essuyer tables et chaises, remit en place les coussins d’assise sur les chaises cannées. Les premiers clients pourront s’installer confortablement pour déguster leur café.
    
    Rentrant dans le bistrot, Lana alla remplir un moulin qui broiera les précieuses fèves d’arabica Bourbon pointu, réservé aux grands amateurs qui en font la demande expresse ; dans le second broyeur, plus grand, de l’arabica Typica Maragogype qui sera utilisé pour le plus couramment. Cela dit, ce Maragogype du Guatemala est un excellent café, la maison ne transige pas sur la qualité de ses caouas.
    
    Dans le café, José, le patron et Mariana terminaient la mise en place. Ils étaient parfaitement rodés et n’avaient pas besoin de son aide. Lana put donc retourner sur la terrasse.
    
    L’odeur de la terre avait été effacée bien sûr par les aromes des broyeurs mais lui revint au nez dès qu’elle retourna à l’extérieur. Elle aimait ce mélange d’odeurs ...
    ... délicates du petit matin.
    
    Elle aimait aussi, surtout, l’instant présent. Avant le tumulte. Avant les commandes en cascade, les verres qu’on brise, les regards pressés. Ce moment suspendu entre nuit et jour, où tout est encore calme, ouvert.
    
    — Comme toujours, Lana, murmura une voix grave mais douce.
    
    Clément venait de s’asseoir à sa table près de la baie vitrée. Il vient tous les matins, à 7h15 pile. Toujours rasé de frais, élégant sans ostentation, il a ce calme dans le regard qu’on trouve rarement chez les hommes pressés.
    
    Lana ne lui demanda rien mais s’empressa de lui servir son Bourbon pointu, sans sucre mais accompagné d’un carré de chocolat noir 100% de fabrication artisanale et un verre d’eau. Et oui, le café, c’est presque un cérémonial « Aux Glycines ».
    
    En prime, parce qu’on était lundi, elle déposa « L’Équipe » sur la table. Les autres jours, c’est « Le Parisien » que lisait Clément.
    
    — Je vais finir par croire que tu lis dans mes pensées, plaisanta Clément.
    
    Elle esquissa un sourire. Elle n'est pas du genre à trop parler. Mais elle l’apprécie, Clément. Régularité, politesse, respect. Ce sont là ces trois grandes qualités. Oh, il en a sûrement bien d’autres sinon comment serait-il devenu à son âge un des ténors du Barreau parisien. C’est vrai que naturellement sa carrure en impose, dans la vie de tous les jours comme dans le prétoire. Ajoutez à cela sa voix de baryton, voix de contrebasse qui vous enveloppe, vous capture.
    
    C’est cette voix et ses ...
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