1. Jour de pluie suivi de Long sommeil


    Datte: 14/07/2026, Catégories: fh, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    ... ses doigts mes seins, mes lèvres les siennes. Parallèles et silencieux, nos corps s’apaisent tandis que la pluie poursuit sa course lente et régulière.
    
    Voilà pourquoi je ne m’y suis pas rendue. Il faut vous dire que hasard ou coïncidence, pleine lune ou retour du printemps, je ne sais, mais mes amants me sollicitent tout comme si un mot de ralliement avait été donné.
    
    Oh ! C’est à deux pas de chez moi, c’est dans l’impasse que partant rejoindre Pedro, je me suis ravisée.
    
    Hormis chez Emma – maison d’en face – je ne dépasse pas cette limite. La voix caverneuse de Léonard Cohen venait du fond de l’impasse, du fond d’un jardin noyé sous la verdure anarchique. Il dansait seul l’homme en smoking et chapeau sombres ; seul sur la mélodie de Cohen. Je l’ai observé et puis sans que je ne sache il m’a invitée à entrer.
    
    — Votre parfum, a-t-il dit plus tard.
    
    J’ai tournoyé, un pas de rock lent, car l’homme n’était pas aguerri à la danse.
    
    Sur la véranda ancienne et presque opaque, une table au blanc disparu, une machine à taper, petit modèle portable Olivetti, des feuillets formant un manuscrit sous un galet de plage.
    
    — C’est la fin, je fêtais pour moi-même le point final de mon dernier roman. Alors, fêtons ça ensemble. Vous êtes splendidement femme, je vous assure, une héroïne, sans doute.
    
    Il y a un p’tit bonhomme rondouillard qui tambourine à ta porte, m’avait textoté Emma qui m’avait aperçu chez l’écrivain.
    
    Mais que faisait Pedro à une heure pareille, engoncé ...
    ... dans son costume à carreaux et les joues rouges prêtes à exploser ?
    
    — Un lapin, Landeline, vous m’avez posé un lapin !
    — Je n’avais plus le cœur à ça, lui expliquais-je, j’étais trop romantique aujourd’hui.
    — Romantique, romantique, a-t-il bougonné en faisant trembler la porte sur ses gonds.
    
    Bon, visiblement mon petit culbuto ibérique était fâché. J’ai réintégré minirobe en latex, talons hauts et tutti quanti dans mon dressing côté pute, puisqu’à sa demande initiale, c’est ainsi vêtu que je devais retrouver Pedro.
    
    — Mais autrement dit, je m’habille en pute, avais-je feint de m’indigner.
    — C’est oui ou c’est non ?
    — C’est oui, sans réserve.
    
    Puis je l’avais délaissé au profit et pour le charme de mon voisin le vieil écrivain.
    
    Mais je me répète, mes amants jouaient au passage de témoin – on pouvait le croire – et ce fut la petite sonnerie ukulélé de mon portable qui m’envoya vers la voix incertaine de Jack – Jack Turner, l’homme de l’exposition Annie Tremsal. Il crut bon de contextualiser à nouveau les lieux de notre rencontre, en ne s’aventurant pas toutefois sur le rapprochement osé de nos corps. Bref. Jack Turner souhaitait me convier en un lieu chic, disait-il. Le choix m’en revenait. Je répondais dans la foulée. Le Crillon. J’y avais effectué quelques prestations pour un nouveau riche du Cac-40 bête et lourd comme l’industrie porcine dont il était le capitaine. Le type avait fini en grognant sous les coups de cravache que je maniais sans ménagement, déguisé ...