1. Gorge Vive


    Datte: 16/06/2026, Catégories: Mature, Auteur: MemoirsIntimes, Source: Literotica

    Je suis Nadine, 64 ans, une chair usée par trente-cinq ans d'usine, les mains rongées par le métal, les os broyés sous le poids des machines. Aujourd'hui, j'ai fermé cette porte pour toujours, la retraite s'ouvre comme un gouffre noir devant moi. Les collègues m'ont offert un pot, un vrai, pas une mascarade fade : du rouge qui tache les tables, des cigarettes qui empestent, des visages brûlés par le labeur qui hurlent "tu es la meilleure, Nadine", des bras qui m'enserrent, des rires qui éclatent comme des coups.
    
    J'ai bu deux verres, pas davantage, juste assez pour que le sang pulse dans mes veines, pas pour m'effondrer dans l'oubli. Mais il y a ce vide qui ronge, Patrick, ce chien, qui m'a rejetée il y a 2 ans pour une gamine de 27 ans, une poupée aux seins gonflés, aux ongles peints.
    
    Il m'a craché que j'étais finie, une vieille peau bonne à pourrir. Finie? La rage fermente en moi, un désir pourrit dans mes entrailles, une pulsion qui veut déchirer le silence, hurler que je suis encore là, que je respire.
    
    Ce besoin vient de loin, un désir enfoui qui me ronge. Un jour, à l'usine, Dédé, un porc de la chaîne, a sorti son téléphone pendant la pause, une vidéo porno lancée sur l'écran sale sous la lumière crue. Une femme, à genoux, suçait un homme, la bouche ouverte, les yeux pleins d'un feu qui disait "je le tiens, je le dévore".
    
    Mon ventre s'est noué, pas de dégoût, mais d'un manque qui m'a saisie à la gorge. Avec Patrick, c'était rien, un grognement, un coup ...
    ... rapide, et moi, à fixer le mur, la chair morte, l'âme éteinte. Là, sur cet écran, j'ai vu un pouvoir, un abîme, une vie qui se prend dans la bouche, qui s'arrache au néant. Depuis, cela m'obsède : un inconnu, une queue que je fais plier, un goût qui m'étouffe, un acte qui hurle "je ne crève pas, je vis". Je veux cela, non pour lui, mais pour moi, pour m'arracher à la tombe qu'on m'a creusée.
    
    Le pot s'achève, les voix s'éteignent, je suis encore vive, deux verres, cela me chauffe sans m'engloutir. Je monte dans ma Clio, elle est propre, elle ronronne, et je file sur l'A6. La route est noire, un ruban qui se perd dans la nuit, les phares trouent le vide.
    
    Je pense à l'usine, aux chaînes qui m'ont écrasée, à Patrick qui m'a vomi, et là, une station-service surgit, un néon blafard qui clignote comme un œil mort. Cela me frappe, un choc dans la poitrine : ce soir, je le fais. Fin des ordres, fin de la ferraille, je veux me perdre dans la sensation brute. Je gare la voiture, le frein grince, le moteur se tait, et je me dis : Nadine, vas-y, casse tout, prends-le.
    
    le parking est sinistre, baignant dans les relents de gasoil, d'urine et de sueur de routiers à bout de forces. Les camions s'alignent, carcasses rouillées sous les néons qui vacillent, une lumière qui bave sur le bitume trempé. Je baisse la vitre, je grille une cigarette, la fumée me pique les yeux, et je regarde. Des ombres traînent, des hommes aux blousons usés, aux visages crevassés par la route.
    
    Et puis lui, un ...
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