1. Les stigmates de la passion


    Datte: 15/06/2026, Catégories: nonéro, religion, vengeance, Auteur: rocknrollwolf, Source: Revebebe

    ... cet émoi voluptueux, presque mystique. À l’abri de sa voilette, la femme, qui ne l’avait pas quitté des yeux, releva ensuite paresseusement le menton, et contempla le plafond de l’église avec des airs de Madone, semblant implorer les cieux de lui rendre l’homme qu’ils lui avaient ravi. Le tableau était saisissant de piété. Lorsqu’elle fut certaine que le prêtre la regardait, elle rabaissa sa tête, et la redressa lentement à la manière d’un torero prêt à planter une banderille, ne quittant pas l’homme des yeux. C’est alors qu’il la reconnut. Et qu’elle lui tira la langue, telle une créature infernale échappée d’un tableau de Bosch.
    
    L’homme d’Église sentit son cœur s’affoler dangereusement sous les habits liturgiques. Ses mains s’étreignirent soudain comme celles de deux adversaires se livrant à un bras de fer. Ses yeux hazel perdaient leur éclat ambré et s’assombrissaient. Il redouta un scandale, là, devant tous ses fidèles…
    
    Mais que vaudrait au fond la parole d’une bonne femme contre la mienne ?
    
    Conscient de l’autorité quasi divine que lui conférait son état religieux, il se rasséréna et glissa peu à peu de la peur à la colère. De la colère à la fureur. De la fureur à la rage. Une envie de la flanquer dehors à grands coups de goupillon. Dieu miséricorde, mais qu’est-ce qu’elle fout là ?
    
    Le diacre avait maintenant fini de réciter le psaume et attendait que le prêtre rejoigne l’autel pour la seconde lecture. Ne le voyant pas s’approcher, il le regarda par-dessus ...
    ... l’épaule : toujours assis, le regard comme crocheté au grand crucifix, il semblait hors de lui. Ses yeux lançaient des éclairs et le diacre de s’en inquiéter : s’était-il trompé de lecture ? Quant aux jeunes servants qui ressemblaient à ces petits anges dont on orne le sapin de Noël, ils commençaient à s’agiter : le thuriféraire surveillait avec anxiété la combustion du charbon dans l’encensoir, tandis que le petit garçon, qui portait le naviculaire, jouait avec comme s’il s’agissait d’un navire en papier.
    
    Ce n’était pas encore la débandade, mais l’on s’en rapprochait. Enfin, le prêtre se leva en poussant un léger soupir. Après s’être tourné vers l’assemblée, il ferma les yeux un court instant, et marcha avec détermination jusqu’à l’autel. Il saisit l’encensoir qui lui était tendu, mais le secoua avec une telle vigueur qu’il faillit se brûler sous le regard implacable de la femme en noir. Se reprenant, il parvint toutefois à baiser l’autel avec tendresse et humilité. Mais l’infernale créature ne le quittait pas des yeux. Et aucune prière ne put résister à son appel provocateur.
    
    Elle promenait maintenant sa main avec langueur sur sa nuque en penchant doucement la tête. Ses doigts s’aventuraient dans la petite ouverture du col officier et remontaient lentement le long de son cou, agaçaient la petite croix d’or, puis descendaient, serrés les uns contre les autres jusqu’à son cœur, pour s’écarter ensuite, phalanges arrondies, comme s’ils voulaient cueillir un fruit mûr, gonflé ...
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