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Putain de cancer
Datte: 03/06/2026, Catégories: #journal, #psychologie, #confession, #personnages, amour, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... lit. Je ne suis pas seul avec les fées des lieux, infirmières aux petits soins, toutes plus jolies les unes que les autres. Toujours un petit mot gentil. Je les regarde comme des anges qui bientôt vont me porter au ciel, elles me préparent au grand voyage, sans quitter ce petit sourire qui illumine ma journée, car elles, elles espèrent toujours. Finis les fantasmes d’antan, je ne pense même pas les imaginer nues sous leurs blouses immaculées. Je ne peux pas me plaindre, ma femme vient me voir tous les jours, patiente comme elle ne l’a jamais été. Je l’entends chuchoter avec les toubibs, avec les infirmières. En revenant, elle a souvent les yeux rouges, avec ce sourire complice et ce hochement de tête qui veut dire « Tout va bien ». Elle me rassure comme elle peut, me tient par la main. Je lui souris, le passé est oublié, on pardonne tout avant de mourir. Aujourd’hui, je suis encore moins seul, ils sont tous là, tous mes amis de jeunesse avec qui j’ai partagé tant de bière et troussés les mêmes filles. Les fidèles, ceux avec qui nous réveillonnons tous les ans, et ceux que je ne vois plus depuis longtemps. Ils se sont donné le mot pour me voir une dernière fois. Je ne dois pourtant pas être beau avec tous les tuyaux qui me maintiennent en vie. Je garde les yeux fermés, ne pas les voir, ne pas les entendre, ne pas voir leurs mines affligées, ce n’est pas mon enterrement, pas encore. J’ai envie de rire en imaginant leur visage de circonstance. Enfin, il y a Émile, ...
... mon meilleur ami, mon ami de toujours, depuis les bancs de l’école jusqu’aux amphis de la fac. On a tout partagé, les mêmes joies, les mêmes chagrins, le même vin, les mêmes confidences. Je t’aimais bien, Émile. Tu te tiens éloigné du lit de peur que je n’aperçoive les larmes qui coulent sur tes joues. Adieu, mon ami, je vais mourir. Vu que tu es bon comme du bon pain, je sais que tu prendras soin de ma femme. Antoine, tu es là aussi. Je ne t’aime pas Antoine, je ne t’ai jamais aimé. C’est dur de crever alors que toi, tu es bien vivant, et toujours aussi ennuyeux. Mais je pars sans regret, car vu que tu étais son amant, je sais que tu prendras soin de ma femme. Ce soir, tu vas la raccompagner chez elle, enfin chez nous. Galant, tu resteras pour lui tenir compagnie, pour qu’elle ne reste pas seule dans cette grande maison. Tu t’assiéras dans mon fauteuil, tu boiras mon whisky, tu partageras notre lit. Ça, ça ne te changera pas. Bien sûr, il y a mon médecin, fidèle au poste. Le nouveau, un petit jeune qui a remplacé notre médecin de famille quand il a pris sa retraite. Il se tient en retrait, parle avec ses collègues, hoche la tête en écoutant leurs explications. Quand il m’a annoncé que j’avais un cancer, il y a bientôt 2 ans, il était plus triste que moi, il n’osait rien dire, il n’osait pas prononcer le mot qui enlève tout espoir. Il a cherché les plus grands spécialistes, pour trouver les meilleurs traitements. Toujours présent pour me remonter le moral, il avait plus ...