1. Putain de cancer


    Datte: 03/06/2026, Catégories: #journal, #psychologie, #confession, #personnages, amour, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    Putain de cancer, me voilà cloué dans un lit à l’hôpital.
    
    Je le connais bien cet hôpital, entre espoir et désespoir. Depuis plus de deux ans, depuis que j’ai su, je multiplie les analyses, les petits séjours, jusqu’aux séances de chimio le matin tous les quinze jours, en attendant l’opération qui devrait tout résoudre.
    
    « Impossible d’opérer », un matin, le couperet est tombé, brutal. Ça veut dire quoi ? Que je suis guéri ? Que le grand manitou a trouvé le remède miracle ? Très vite, je comprends que mes jours sont comptés. On fait quoi alors ? Le tour du monde en huit jours, la grande fiesta, la tournée des putes. Il me faut profiter au maximum de ce répit qui ne va pas durer.
    
    Ce répit n’a pas duré, trop faible pour rester chez moi, me revoilà à l’hôpital. Pour quelques jours seulement, juste le temps de nouvelles analyses, qu’ils disaient. Je ne suis pas dupe, j’espère toujours, c’est tout, mais je sais que c’est mon dernier séjour ici, que je vais mourir, ce n’est plus qu’une question de jours. Ils essaient bien de me le cacher, aussi, je fais semblant d’y croire. Mais je sais… Je sais que je ne reverrai plus ma maison, ma chambre, mon lit, que je ne reverrai plus le soleil, les fleurs. C’est dur de mourir au printemps.
    
    Je n’ai pas trop mal, enfin, c’est supportable, et puis j’ai l’habitude. On s’habitue à tout. Toujours la même question, « Combien la douleur sur une échelle de 1 à 10 ? », va savoir.
    
    Je reste au lit toute la journée.
    
    Oh ! Je peux encore ...
    ... bouger, je peux m’asseoir pour lire ou quand on amène mon repas. Je peux me lever pour aller faire pipi. Mais je suis toujours fatigué, alors, autant rester allongé. D’ailleurs, je m’endors sur mon livre dès la première page, et je ne supporte même plus la télé que ma femme a allumée pour m’aider à lutter contre l’ennui, « pour que le temps te semble moins long » m’a-t-elle dit.
    
    Je ne m’ennuie pas. Le temps qui passe n’est pas de l’ennui, le temps c’est le temps, il n’est pas long, au contraire, il passe trop vite. Il me faut profiter de chaque seconde, ce sont les dernières. Le cancer n’attend pas. On a beau faire, on a beau dire, personne n’y peut rien. Le temps s’écoule inexorablement, vers la fin, comme pour tout le monde, moi un peu plus tôt que les autres, voilà tout. Alors, je le laisse s’écouler en regardant sans les voir, le ciel par la fenêtre ou le mur blanc en face de moi. J’attends. J’attends quoi ? Certainement plus la guérison.
    
    Surtout, je ne m’ennuie pas, parce que je ne suis jamais seul. Le matin, la femme de ménage, une mama antillaise toujours souriante, passe un coup de balai rapide. Grand bonjour avec l’éternel « Alors, ça va ? » qui n’attend pas de réponse. Je la suis des yeux d’un geste mécanique. Vision fugitive, elle ne s’attarde pas.
    
    Je ne suis pas seul, les médecins se relaient dans la journée. Je les observe du coin de l’œil, il y a ceux qui espèrent encore un miracle, et ceux qui comptent les jours en espérant que je libère rapidement un ...
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