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Joséphine, le long de la rivière Ouélé
Datte: 27/05/2026, Catégories: Humour #sorcellerie, couleurs, Auteur: Patrik, Source: Revebebe
... le chef, puisque nous n’en avons plus ! Je suis en quelque sorte son remplaçant. — Dans ce cas, pourquoi le Père ne vous a pas présenté à moi ? — Parce que je suis son pire concurrent ! Je suis le sorcier du village. Je ne m’attendais pas à cette réponse. Je fais remarquer : — Je vous trouve bien jeune pour être un sorcier ! — Je sais que dans l’imaginaire de beaucoup de gens, un sorcier, c’est comme une sorcière, c’est vieux et laid. Pour ta gouverne, jeune fille, j’ai quarante-deux ans. — Quarante-deux ans ? Je vous en donne facilement quinze de moins ! Même vingt ! Je songe aussitôt à mon défunt amant ; lui aussi paraissait plus jeune que son âge réel. Le sorcier s’amuse : — Merci, ma petite Dame. Peut-être même quarante-trois ou plus, ma mère n’était pas certaine de mon année de naissance. Puis il pose sa main sur mon épaule : — Viens, je vais te faire visiter. Tu apprendras ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, car ici, ce n’est pas pareil qu’à Paris ou même en Province. — Je m’en doute un peu ! On ne peut pas dire qu’un tailleur ferait fortune chez vous ! — Hahaha ! Tu as raison ! Le prêtre insiste lourdement pour que les femmes soient habillées avec des sacs à manioc, mais c’est peine perdue ! — Ah oui, le manioc, l’équivalent de notre pomme de terre… Biama désigne du plat de la main les personnes qui s’affairent autour de nous : — Regarde donc nos femmes, ne sont-elles pas plus belles ainsi ? — Aux yeux des hommes du coin, ...
... je suppose que oui. — Regarde donc aussi nos hommes, ne sont-ils pas plus beaux ainsi ? — Je dois reconnaître que… mais c’est… comment dire… — Indécent ? — Pas tout à fait… je ne trouve pas le mot, mais ça incite à la… je me comprends… Le sorcier me regarde attentivement : — Pour les hommes de ton pays, tu es une belle femme. Pour les hommes de mon pays, tu es à peine une fillette. — Une fillette !? J’ai dépassé les vingt ans ! — Tu es maigrichonne comme une fillette qui n’a pas mangé depuis des mois ! — Maigrichonne, moi ? — Regarde autour de toi et compare. Je suis obligée d’admettre qu’il a raison. Il change de conversation et me fait visiter le village. En un temps record, j’apprends plein de choses avec cet homme qui parle décidément très bien ma langue, je n’ai pas intérêt à me le mettre à dos, surtout un sorcier ! Trois femmes se baladent avec une sorte de ceinture qui forme un cache-sexe peu efficace. Intriguée, je demande à Biama qui sont-elles, il me répond aussitôt : — Ce sont des femmes publiques. — C’est-à-dire ? — Elles sont là pour rétablir l’harmonie mâle-femelle. — Je ne comprends toujours pas… Respectueux de la frêle jeune femme que je semble être (s’il savait !), il se lance dans une explication imagée : — Tous les hommes n’ont pas forcément la possibilité de libérer les tensions qui sont en eux, et la frustration attire les mauvais esprits. — Ah ? Tu veux dire que… ces hommes frustrés peuvent… euh… tagada tsoin tsoin avec ...