1. Course poursuite


    Datte: 18/05/2026, Catégories: #chronique, #nonérotique, #aventure, #fantastique, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... ?
    — Celui qui dort la tête dans sa soupe ?
    — Oui, eh ben, c’est un membre de l’équipage du négrier « No Hubo Suerte ». Ce bougre m’a raconté que l’Albatros les a attaqués pour libérer les esclaves.
    
    Lorelei restait tout ouïe, mais serrait les poings à s’en blesser pour ne pas exploser de rage.
    
    — Continue, raconte…
    — En fait, une fois libérés, les esclaves ont tué le capitaine et pratiquement tout l’équipage. Lui s’en est tiré parce que c’était le cuisinier et qu’il avait toujours été sympa avec eux. Ils sont retournés dans leur pays et lui ont laissé la chaloupe.
    — C’est bien, mais comment a-t-il su que l’Albatros est sur l’île d’Araccianta ?
    — Il m’a raconté qu’avant de partir, le capitaine de l’Albatros a harangué son équipage : « Et maintenant, le trésor, direction Araccianta ! »
    — Le trésor ?
    — C’est comme j’te l’dis, ma belle !
    
    Le lendemain, le cuisinier du No Hubo Suerte, dessaoulé, lui racontait la même histoire contre une bonne bouteille et ajoutait avoir entendu la capitaine dire « Trésor de Toutankhamon ».
    
    — Tu veux dire le trésor de Teotihuacan ?
    — Oui, c’est bien ça, le trésor de « Teotoukhamon ».
    
    Juste avant de partir, elle fit un clin d’œil à un homme qu’elle avait aperçu la veille et qui semblait écouter attentivement les discussions. Elle en était sûre, c’était un espion pirate et il irait bientôt faire son rapport.
    
    Elle ne le savait pas, mais c’était un homme du Grand Argentier de Murèna.
    
    Ayant été dévastée, l’île de ...
    ... Saint-Sauveur ne permit pas à la tueuse d’avoir suffisamment de vivres pour entreprendre le voyage jusqu’à Araccianta, une halte sur une île voisine paraissait indispensable, mais si la tueuse était en bons termes avec les Britains, elle ne l’était pas avec les Bataves – or, l’île Curaçao était la plus proche et la seule envisageable pour se réapprovisionner correctement.
    
    Lorsqu’elle accosta dans le port, après s’être acquittée des frais de douane, on lui demanda son identité et le but de sa présence. Lorelei ne savait pas mentir, sa religion le lui interdisait et elle craignait par-dessus de tout finir en enfer. Cependant, elle parlait un batave très approximatif et l’officier ne comprit pas un traître mot de ce qu’elle avait baragouiné.
    
    Ses armes laissées à bord du sloop, elle semblait ainsi bien inoffensive. Dissimulés dans sa jupe fendue, un coutelas qu’elle espérait ne pas avoir à utiliser et sa bourse encore pleine. Sur les quais, elle trouva tout ce dont elle avait besoin pour rejoindre sa destination, du bœuf, du mouton, du lard, de la morue, du hareng séchés dans des barils, conservés dans du sel, des féculents, des fèves, des pois, du fromage, du beurre et des biscuits. Lorelei ne buvait pas d’alcool sinon un petit verre de vin, elle avait déjà été grisée et n’avait pas supporté de perdre le contrôle.
    
    Une femme seule achetant sans compter des denrées n’était pas passée inaperçue pour trois hommes, connus à Curaçao pour être trois brigands. Ils virent en cette négresse ...