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Contrastes
Datte: 07/04/2026, Catégories: nonéro, #drame, #confession, #nostalgie, #personnages, grp, fagée, ascendant, handicap, froid, fête, aliments, Auteur: Jakin, Source: Revebebe
... avoir allumé les petites bougies fichées dans des pinces métalliques qui les fixaient aux branches du sapin (c’est vrai qu’à cette époque-là, les guirlandes électriques n’existaient pas encore – ou bien étaient-elles réservées aux familles riches – et je m’étonne qu’il n’y ait pas eu beaucoup d’incendies provoqués par ce procédé), nous chantions ensemble des airs de circonstance :Petit papa Noël bien sûr, le grand succès de Tino Rossi, mais aussiMon beau sapin etLe petit renne au nez rouge, puis venait le grand moment, celui où étaient allumés les cierges magiques qui projetaient de merveilleuses étincelles. Et lorsqu’ils avaient épuisé leurs ressources et étaient devenus des bâtonnets rougeoyants, ma sœur et moi nous précipitions au lit, encore éblouis par ces merveilles, dans l’attente de ce lendemain matin où, par magie, le Père Noël nous aurait offert les cadeaux souhaités dans la lettre que nous lui avions consciencieusement rédigée. Soixante-dix ans après, une puissante émotion m’étreint le cœur chaque fois que je revois la photo maintenant jaunie de ce petit garçon de sept ans à l’air étonné, au visage à moitié masqué par la capuche de son duffle-coat encore parsemée de flocons, et que je me remémore ces moments de bonheur à jamais disparus. * * * Noël 2023 Déjà trois apéritifs, et elle tient toujours le coup, elle, la vieille, ma belle-mère qui, avec ses 125 kg, fait craquer sa chaise au moindre de ses mouvements. La canne qu’elle a conservée à proximité ...
... d’elle semble bien fluette pour soutenir cette masse qui, tout à l’heure, va devoir rejoindre sa maison dans la nuit, même s’il n’y a qu’une cinquantaine de mètres à parcourir. Dans quel état sera-t-elle après ce repas pantagruélique accompagné de force grands crus ? C’est qu’elle picole, la vieille ; elle lève encore honorablement le coude à 95 ans bien sonnés : en témoignent les cadavres de bouteilles de porto qui s’accumulent chez elle, à raison de deux ou trois par semaine ! Je n’ose imaginer l’aspect de son foie. Quoique… Tout juste soixante-dix ans après celui de 1953, ce réveillon se déroule chez moi, en Dordogne, dans la maison que j’ai fait construire en 1987. Autour de la grande table de monastère, quatre générations sont réunies. Oui, autour d’une table, car à présent les réjouissances de Noël se résument à des agapes et des échanges de cadeaux tous plus onéreux les uns que les autres. Les paquets enrubannés se pressent autour d’un sapin artificiel de moins d’un mètre de haut, illuminé par des guirlandes électriques qui clignotent. Cette année encore, pas de neige, mais de la pluie. C’est rare, la neige, en Dordogne. Quelle tristesse… ! Les plats succèdent aux plats, et les visages deviennent de plus en plus congestionnés au fur et à mesure que les verres se vident. Au plateau de fromages, elle est toujours vaillante, l’ancêtre. Café, pousse-café ; sa tête commence à dodeliner. À présent, les bouchons de champagne sautent. Je remplis les flûtes et lève ...