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Contrastes
Datte: 07/04/2026, Catégories: nonéro, #drame, #confession, #nostalgie, #personnages, grp, fagée, ascendant, handicap, froid, fête, aliments, Auteur: Jakin, Source: Revebebe
Noël 1953 Qui n’a pas connu le crissement de la neige qui s’écrase sous les semelles dans le quasi-silence que procure le blanc manteau qui atténue tout autre bruit, tandis que des milliers de minuscules aiguilles acérées picotent le visage et qu’il fait si froid que l’atmosphère semble métamorphosée en cristal fragile ne peut comprendre ce qu’est l’hiver en Franche-Comté. Nostalgie… À la nuit tombée, derrière moi, la luge (une vraie luge en bois équipée de patins métalliques, sur laquelle je dévale couché à plat ventre les pentes enneigées en contrôlant sa direction en freinant d’un côté ou de l’autre avec mes pieds, et non pas un de ces horribles trucs en plastique qui, de nos jours, usurpent l’appellation de « luge ») ma luge, disais-je avant cet aparté avec toi qui me lis, glisse au gré de mes pas hésitants en zigzagant sur la neige où je m’enfonce jusqu’aux genoux, progressant péniblement en direction de l’immeuble de cette nouvelle cité HLM qui vient de sortir de terre dans la banlieue nord de Besançon (à Palente plus précisément, pour ceux qui connaissent) où je réside depuis peu. Les gros flocons tombent dru, semblables à un duvet dense voletant dans la lumière délivrée par l’éclairage public qui surplombe l’entrée de l’immeuble. Un étage, et j’arrive derrière la porte qui s’ouvre avant même que je ne pose ma main sur la poignée (on devait guetter mon arrivée par le judas optiqueBloscop). Surprise ! Je suis aveuglé par un flash : c’est Maman qui vient de me ...
... prendre en photo. Je regarde avec curiosité l’appareil qu’elle tient : c’est unSemflex équipé d’un flash à ampoule, bien plus pratique que notre vieuxKodak à soufflet qui, pour prendre des photos lorsque la luminosité n’est pas suffisante, a besoin de sachets de magnésium en poudre que l’on enflamme (j’apprendrai par la suite que c’est mon père qui avait loué cette merveille de technologie auprès du Comité d’Entreprise de l’horlogerie Lip, où il travaillait). Je pénètre dans l’appartement surchauffé par le petit poêle à charbonArthur Martin qui ronfle, chargé jusqu’à la gueule, dans lequel il m’arrive de faire griller des châtaignes sous la cendre. Papa, assis dans son fauteuil à côté du sapin décoré, tire consciencieusement sur sa grosse pipeRopp, celle que je lui avais offerte pour son anniversaire. Sur la table, un modeste repas de fête nous attend : c’est Noël ! Après la bûche au chocolat, nous nous rassemblons devant le sapin – un vrai sapin dont les effluves résineux se diffusent dans la salle à manger – un immense sapin, à mes yeux, car sa cime atteint le plafond. Il est décoré de guirlandes et de ce qui fait office de boules : des opercules métalliques de différentes couleurs provenant de pots de yaourt (vu que la modestie de nos revenus ne nous autorisait pas à acheter des boules de verre) que Maman avait rendus hémisphériques en les plaquant sur une boule à repriser en bois (eh oui, en ce temps-là, on reprisait les chaussettes, alors que maintenant…). Après ...