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Notifications, ou La Centrale des Songes
Datte: 05/04/2026, Catégories: #théâtre, #revebebe, Humour #drame, #personnages, Auteur: majaas, Source: Revebebe
Dramatis personae : *** ACTE I – La Centrale (Une fenêtre d’ordinateur projetée au fond. On voit défiler des notifications, des avatars, des pseudonymes en couleur. Un bruit discret de vagues et de clavier mêlés.) (Un léger frisson passe dans la salle. Maryse entre, tenant un carnet. Pattie suit, avec un stylo rouge qui scintille comme une épingle à cheveux. Mélina arrive en essuyant ses mains sur un torchon imaginaire. Bullitt trottine, Mike lève deux pouces sans raison. Un siège reste vide. On devine qu’il est pour Charlie.) Maryse (à voix basse) : Il dit « se retirer ». Il dit ça comme on range un couteau propre. J’ai peur que la lame soit encore tiède. Pattie : On lit d’abord. On parle après. (Elle clique, lit) C’est net. Aucun nom. Un rappel des règles. Publication, refus, arguments. Rien de plus, rien de moins. Mélina : J’ai le souffle court. C’est idiot, je sais, mais j’ai l’impression qu’un volet vient de claquer dans une maison où j’aimais passer. Bullitt : Moi je dis que ça sent le reset propre. On démonte, on dégraisse, on remonte. Vroum. Mike06200 : 👍👍 Maryse : Il ne nous fait pas la guerre. Il nous fait l’économie d’une guerre. Il laisse une lumière allumée dans une pièce et s’en va. C’est presque courtois. Pattie : C’est surtout clair. Il ne reproche pas qu’on n’aime pas. Il reproche qu’on bâille. (Silence. Un pas sec, assuré, talon qui fend les galets. Charlie entre. Elle pose son sac comme on pose un verdict.) Charlie67 ...
... : Quoi encore. Qui pleure. (Elle lit le post, impassible, puis lève les yeux) Très bien. Il part. On ne va pas faire une messe. Mélina : Il ne « part » pas. Il dit pourquoi. C’est différent. Charlie67 : Ça revient au même. Ce site a vu passer des départs plus tonitruants. On s’en sortira. Bullitt : On s’en sortira, oui. Mais on peut quand même lire la phrase au centre du post : « Le CE n’est pas une foire aux saillies personnelles. » Ça pique, et c’est mérité parfois. Pattie : Je confirme. (Elle garde le ton professionnel) La fonction publieuse mérite une hygiène verbale. L’ironie est un adjuvant, pas un scalpel. Charlie67 : Ah, l’hygiène. Nous y voilà. Ce n’est pas de l’hygiène, c’est de la franchise. Je n’aime pas dormir sur un texte, je le dis. C’est mon droit. Maryse : Dormir n’est pas lire. Et lire n’est pas mépriser. Charlie67 : Tu vois, même la machine se mêle de littérature. Pattie : Non. Elle se mêle de procédure. Et la procédure protège un peu les cœurs, figure-toi. Mike06200 : Moi j’aime quand on m’explique. Quand on me dit « ici, tu me perds » ou « là, c’est longuet ». J’encaisse mieux que « j’ai roupillé ». Mélina : Et puis ça évite de fabriquer des fantômes. Charlie67 : Quels fantômes ? (Une brise. L’air au fond de la scène se froisse. Une silhouette pâle apparaît comme la trace d’un doigt sur une vitre embuée.) Le Fantôme de l’Artiste : Je ne suis pas venu hanter. J’avais juste besoin de sommeil sans frontières. Maryse ...