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Cœur de feu
Datte: 18/03/2026, Catégories: #chronique, #nonérotique, #aventure, #merveilleux, #initiatique, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... une mèche rouge finissait toujours par s’échapper, ses yeux verts par accrocher la lumière, et sa peau par s’enflammer d’émotion. Autant de preuves irréfutables de ses origines maudites. De sa vraie nature. Celle dont elle rêvait de se libérer. Une bonne fois pour toutes. Alors, tout recommençait : on détournait les enfants à son approche, on traçait des symboles de protection sur les portes, on brûlait des torsades d’herbes séchées pour effacer sa trace. Et quand elle repartait, ses tâches accomplies, les mêmes injures sifflaient dans son dos :Dragonne. Maudite. Bâtarde… Chaque mot la transperçait plus violemment qu’une lame empoisonnée. Un jour, elle aperçut un groupe d’enfants jouer près d’un lavoir : Rires, éclaboussures, joyeuse cacophonie. Elle s’arrêta, dissimulée derrière un muret. Quand elle fut repérée, leurs cris moururent aussitôt. Le silence s’abattit, lourd, affligeant. Son ventre se tordit comme autrefois. Elle reprit la route, ses dernières illusions parties en fumée… Les nuits étaient les pires. Elle rêvait de feu. Du souffle brûlant qui montait en elle et qu’elle retenait, par peur d’être dévorée, d’y perdre son âme. Elle rêvait aussi du dragon. Parfois ombre gigantesque au-dessus des pins, parfois silhouette phosphorescente émergeant de la brume. Plus elle s’éloignait des hommes, plus elle ressentait sa présence, comme un appel. Un soir, épuisée, elle s’écroula au bord d’un lac. Le silence était total. L’eau reflétait les étoiles, ...
... immobiles. Elle s’endormit. Et la bête lui apparut vraiment… ou du moins le crut-elle. Elle mit plusieurs secondes avant de comprendre ce qu’elle voyait. Son corps gigantesque était recouvert d’écailles iridescentes, allant du vert olive au violet le plus profond. Ses pattes se terminaient en griffes redoutables, à demi enfoncées dans le sol noirci. Derrière lui, une queue massive fendait l’air dans un vrombissement menaçant. Une odeur entêtante de sauge et de souffre lui brûlait les narines et la gorge. Le dragon était si proche qu’il aurait pu la réduire en charpie en un clin d’œil. Pourtant, malgré son apparence terrifiante, il ne manifestait aucun signe d’hostilité. Dans son regard perçant, Tanwen ne lut ni haine ni violence. Seulement une sagesse insondable et une bonté infinie. Elle refusa de croire ce qu’elle voyait. Elle ne devait pas se laisser attendrir ni oublier l’objet de sa quête. Ne pas fléchir. Ramener la tête maudite, coûte que coûte. Pour gagner sa place parmi les humains. Elle voulut saisir son arc… son corps refusa de bouger. Alors, il s’avança, et sa silhouette devint progressivement humaine. Un homme nu, taillé dans la nuit cristalline, à la peau lisse et aux yeux de feu. — Tu m’as cherchée, dit-il d’une voix qui résonna en elle comme le grondement familier d’une forge. — Oui… pour te tuer. Pour leur prouver que je ne suis pas un monstre. — Et maintenant ? Elle hésita. Se scruta longuement. En elle, le feu s’était mué, s’était fortifié. ...