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Cœur de feu
Datte: 18/03/2026, Catégories: #chronique, #nonérotique, #aventure, #merveilleux, #initiatique, Auteur: Maryse, Source: Revebebe
... murmures suivirent. — Le dragon. — Comme il y a seize ans… — Ça recommence… Puis la haine éclata. — Et elle ? La dragonne ? — C’est elle qui l’a attiré ! Elle est en âge de s’accoupler. Il vient chercher son dû. Tous les regards convergèrent vers Tanwen. Ses cheveux flamme. Ses yeux verts. Sa peau braiseuse se consumant de l’intérieur. Elle ne broncha pas. Mais son cœur battait comme un soufflet. À toute allure. Son feu gagnait en fureur. Le forgeron s’interposa. — Assez ! Vous ne savez pas ce que vous dites. Mais déjà, le poison était revenu. Celui des calomnies. De la peur. De l’incompréhension et du rejet. À l’aube, Tanwen se réfugia dans l’atelier. Elle reprit la lame qu’elle avait laissée la veille, et la plongea dans la fournaise, la ressortit rougeoyante, puis la posa crépitante sur l’enclume. Elle tremblait de rage, mais sa décision était prise. — Je vais le trouver, dit-elle, entre deux coups de marteau plus violents l’un que l’autre. — Pour eux ? se contenta de demander le forgeron. — Pour moi, affirma-t-elle en secouant la tête. Un silence. — Et que feras-tu quand tu l’auras débusqué ? — Alors je le tuerai… Et plus personne ne pourra douter de moi. Elle plongea la lame dans l’eau. Cette fois, le métal noircit d’un coup, libérant un épais nuage de vapeur. Comme si la lame, enfin façonnée, gardait tout son feu, prête à le libérer à la première occasion. Le feu de l’âme Le matin où elle partit, Tanwen cacha ses cheveux ...
... sous un foulard foncé. Pour dissimuler ses boucles rouges – ses flammes trop voyantes, qui l’avaient toujours dénoncée. Elle emporta sa lame, son arc, quelques vivres et des vêtements de rechange. Son père adoptif, malgré la peine qui lui broyait le cœur, ne tenta pas de la retenir. Il savait qu’aucun mot ne suffirait. Une telle quête ne s’accomplissait qu’en affrontant seul ses démons. Celui de Tanwen s’était trop longtemps nourri de la peur et de la haine des autres. Elle marcha longtemps, à la recherche du dragon. Celui dont, disait-on, elle descendait. Celui à l’origine de tous ses maux. À travers des forêts sombres, des collines escarpées, des plaines immenses, des déserts de pierres. Dans le vent glacé des crêtes, la pluie battante des vallées ou sous le soleil ardent qui asséchait tout, ne laissant que poussière. Chaque village traversé était différent : d’autres visages, d’autres dialectes, d’autres coutumes, d’autres odeurs dans la fumée et la terre. Mais partout, les mêmes raidissements à son passage, les mêmes regards hostiles. Méfiance. Crainte. Rejet. Et si parfois, on lui tendait une écuelle de légumes bouillis, c’était en échange d’une épée réparée, d’un tranchant réaffûté, d’une roue recerclée ou d’un soc de charrue redressé. Malgré ses prouesses de forgeronne, malgré tous ses efforts pour s’intégrer, elle restait un paria. Toujours à l’écart. Partout indésirable. Quoiqu’elle faisait pour passer inaperçue, même la tête couverte de son foulard, ...