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Le dernier tango
Datte: 14/03/2026, Catégories: #drame, #nonérotique, #personnages, Auteur: Laetitia, Source: Revebebe
... cou marqué d’une tache sombre. Elle l’ignora. Puis, il y eut les vertiges, les essoufflements, la fatigue qui ne partait plus. Les médecins lui ont dit des mots qu’elle ne voulait pas entendre, le diagnostic tomba comme une lame : cancer. Agressif. Elle n’écouta pas les détails. Ce qu’elle entendit, c’était autre chose. Une phrase, une seule. « Il faudra arrêter de danser ». Elle est restée assise un long moment après la consultation. Puis s’est levée, a remis ses lunettes noires et en sortant elle a murmuré : — Pas encore. Son corps, ce temple de mouvement et de grâce, se retournait contre elle. On lui conseilla le repos, les soins, la prudence. Mais comment demander à une étoile d’arrêter de briller ? Alors Marcia a continué. Elle cachait la douleur sous des sourires éclatants, sous l’éclat de ses robes colorées et le rouge incendiaire de ses lèvres. Mais chaque danse lui coûtait un peu plus. Ce fut le début d’une guerre silencieuse. Elle dansait le soir, elle pleurait le matin. Elle enchaînait les traitements en cachette, refusant toute pitié. Elle ne voulait surtout pas qu’on se souvienne d’elle diminuée. Elle voulait qu’on se souvienne de la flamme. Ce soir, elle le savait, serait son dernier ballet. Pas parce qu’elle allait mourir tout de suite, mais parce que son corps ne supporterait plus un autre combat. Elle voulait partir comme elle avait vécu, en dansant. L’orchestre entama les premières notes. Le son plaintif d’un bandonéon solitaire s’éleva ...
... dans la salle. Le silence s’installa dans la salle, chargé d’une attente presque religieuse. Le rideau pourpre vibrait légèrement sous l’effet de la musique. Marcia attendait dans les coulisses, droite comme une statue, enveloppée dans sa robe noire, brodée de fils dorés qui capturaient la lumière. Une robe qu’elle avait cousue elle-même, comme un linceul de gloire. Son partenaire de toujours, Luis, s’approcha et lui tendit la main. Ses yeux sombres la scrutaient avec une intensité qu’elle connaissait bien. Il ne dit rien. Luis ne disait jamais rien avant une danse. Il savait que dans ces moments-là, les mots pèsent trop lourd. Il posa sa main sur la sienne, un contact léger, presque timide. Elle tourna la tête, leurs regards se croisèrent. Il savait ! Tout avait été dit. Ce soir serait le dernier. Marcia leva les yeux vers le rideau. Derrière, les murmures des spectateurs faisaient vibrer l’air, comme un frisson collectif d’attente. Elle ferma les paupières une seconde, inspira profondément, le rideau s’ouvrit. Les projecteurs découpaient son ombre sur le bois verni de la scène. Sa silhouette longiligne se tenait droite malgré la douleur. Son menton était relevé. Elle avait passé l’après-midi pliée en deux, recroquevillée dans sa loge. Mais maintenant, elle était debout. Le silence s’épaissit dans la salle, et elle se lança. La danse commença comme un murmure. Dès le premier pas, elle oublia tout. La douleur, la fatigue, l’angoisse de l’après. Il ne restait que la ...