1. Les amants de Cherbourg


    Datte: 19/02/2026, Catégories: Entre-nous, Hétéro Auteur: Philus, Source: Hds

    Les amants de Cherbourg
    
    Ce mois de juillet s’annonçait particulièrement chaud. Une pluie tiède tombait dru sur la ville de Cherbourg ce jour-là et le ciel noir regorgeait d’eau. Des éclairs, inoffensifs cependant, zébraient les nues et les parapluies multicolores éclosaient tels des champignons. La manufacture avait encore un bel avenir, il ne manquait plus que la musique de Michel Legrand pour parfaire le tableau.
    
    Un homme brun au teint mat d’à peine vingt-cinq ans, vêtu d’un costume gris, d’une chemise claire assortie d’une cravate rayée, sortit de la maternité. Il se protégea la tête d’un petit cartable puis partit en courant. Il remonta rapidement la rue du Val de Saire pour bifurquer dans la rue Contant. Il appuya sur une télécommande du fond de sa poche et à trente mètres de lui, une voiture blanche se manifesta de tous ses clignotants. Il s’y engouffra et patienta derrière le volant jusqu’à la fin de l’averse. Quelques minutes plus tard, le vent emporta les nuages dégoulinants pour en apporter d’autres, tout aussi gris ou noirs, mais asséchés. À ce moment-là seulement, il démarra. Il rejoignit le boulevard, puis se dirigea vers la zone industrielle. Il laissa errer son regard alors qu’il était arrêté à un feu tricolore et ce qu’il vit le stupéfia. N’en croyant pas ses yeux, il se saisit de son téléphone, ouvrit la vitre conducteur encore mouillée et prit trois clichés. Il était encore abasourdi de la scène à laquelle il venait d’assister quand un coup de klaxon ...
    ... le rappela à l’ordre : le signal était passé au vert. Il repartit aussitôt, mais ses traits demeuraient soucieux.
    
    Il parvint à l’ICMER un quart d’heure plus tard et se gara sur le parking de l’entreprise. Malgré la visite à son épouse, il était en avance d’une demi-heure sur son horaire. Il gagna son poste, posa sa sacoche sur sa table de travail où trônait un moniteur d’ordinateur gigantesque et se dirigea vers le bureau de son chef qu’il savait trouver là. Quelle que soit l’heure, le chef était toujours là. Il frappa à la porte.
    
    — Entre Rachid ! Entre !
    
    Rachid s’exécuta et, sans y être invité, s’assit sur un des deux fauteuils. Pascal quitta des yeux son écran et recula son siège d’une vingtaine de centimètres.
    
    — Que t’arrive-t-il, Rachid ? Tu en fais une tête ?
    
    Rachid resta muet une poignée de secondes puis se décida.
    
    — Pascal, commença-t-il, nous nous connaissons depuis longtemps. Je t’ai toujours respecté parce que tu as su me faire accepter dans l’équipe malgré mes origines, alors il y a des choses que je ne peux pas taire, même si j’ai mal pour toi.
    
    De plus en plus intrigué, Pascal était tout ouïe.
    
    — Que cherches-tu à me dire ?
    
    Rachid respira un bon coup.
    
    — Tu sais que, ce midi, je suis allé voir Aziza et notre fille à la maternité ?...
    
    — Rassure-moi, elles vont bien ? interrompit Pascal.
    
    — Oui, oui, merci. Pas de soucis.
    
    Il prit son smartphone et le tint de deux doigts.
    
    — Mais quand je suis revenu, j’ai vu ça…
    
    Rachid cliqua ...
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