1. L’âme des Pierres


    Datte: 06/02/2026, Catégories: #exercice, #réflexion, #nostalgie, #personnages, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe

    On y a vu grandir des enfants, des parents devenir grands…
    
    Bénabar, « Quatre murs et un toit »
    
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    Le vent soulève quelques brindilles sèches sur le chemin de gravier. Devant le portail un peu rouillé, un jeune couple stationne. Un agent immobilier les accueille avec un sourire professionnel, serrant fermement son manteau sur sa chemise.
    
    — Alors, prêts pour la visite ? demande-t-il en leur ouvrant.
    
    Les deux tourtereaux acquiescent en silence. Un crissement accompagne leurs premiers pas sur l’allée bordée d’herbes folles. Sous leurs chaussures, quelques pavés disjoints, vestiges de l’aménagement passé, s’enfoncent sous la mousse. Un banc de bois, dont le vernis s’écaille sous l’humidité, se niche encore sous un cerisier fatigué.
    
    Tout en avançant, la jeune femme effleure du bout des doigts une rambarde rongée par la rouille. Elle jette un regard amusé à son compagnon, un air radieux fleurissant sur son visage.
    
    — Il y aura des travaux à prévoir, mais cette maison semble chargée d’une histoire bienveillante.
    — Oh, vous n’imaginez même pas ! confirme presque spontanément l’agent immobilier.
    
    Une petite brise fait voleter quelques feuilles mortes sur l’allée. Madame plisse les yeux en observant la façade défraîchie, tentant de visualiser cette bâtisse neuve, ses murs encore vierges, ses fenêtres grandes ouvertes sur l’avenir.
    
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    L’agent immobilier déverrouille la porte d’un geste assuré et l’ouvre sur un ...
    ... léger grincement. Une odeur de bois ancien et de renfermé leur parvient. L’homme entre le premier, jetant un regard circulaire à l’intérieur. Sa femme le suit de près, son pas hésitant résonnant sur le parquet usé.
    
    Le hall qui les accueille est simple, sans fioritures. Un vieux lustre oscille imperceptiblement sous un courant d’air. Contre le mur, un vestiaire en chêne massif porte encore les marques discrètes des années passées : une patine plus sombre là où des mains se sont trop souvent posées, et un clou tordu, comme si l’on y avait suspendu un poids trop important.
    
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    Les pas claquant au sol à mesure de son avancée, l’agent immobilier jette un regard en coin au jeune couple. L’épouse paraît pensive :
    
    — J’ai l’impression… d’un écho, murmure-t-elle.
    
    Elle esquisse un sourire, hésitante. Ce n’est pas exactement un son, ni un souvenir précis, mais plutôt une sensation diffuse, comme si les murs vibraient encore des gestes qui les ont habillés. Elle ferme un instant les yeux. Il lui semble entendre la caresse d’un pinceau, sentir l’odeur du plâtre fraîchement posé, et… quelque chose de plus sensuel, de plus charnel.
    
    La main, chaude, de son mari, se posant tendrement sur la sienne, la sort de sa rêverie.
    
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    Se soutenant à la rampe de l’escalier menant à l’étage, la jeune femme lève les yeux vers la mezzanine, où une fenêtre haute laisse filtrer une lueur presque mélancolique.
    
    — C’est étrange… ...
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